Pauillac, Bordeaux, France
130, Rue de Catusseau
33250 Pauillac
France
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Connaître l’essentiel sur le Premier Grand Cru Classé en 1855, Château Lafite-Rothschild basé sur l’appellation Pauillac.
La réputation de Lafite prend son envol dès le 17ème siècle en tant que propriété viticole de grande qualité et fort appréciée par Richelieu qui le fit rentrer à Versailles. Avec les premières plantations de vignes en 1670 ainsi qu’en 1680, sous Jacques de Ségur jusqu’au Baron Eric de Rothschild au 20ème siècle, en passant par James de Rothschild au 19ème siècle, Lafite-Rothschild a su séduire les grands de ce monde, de Richelieu au Roi de France jusqu’à l’illustre Thomas Jefferson, futur 3ème Président des Etats-Unis. A l’unanimité, les vins de ce Premier Grand Cru Classé en 1855 suscitent des émotions rares au point de rendre fous les Chinois qui leurs ont témoigné une passion dévorante, à en juger les prix spéculatifs qui eurent longtemps cour à la fin du 20ème siècle comme dans les deux premières décades du 21ème siècle.
L’histoire du plus raffiné des vins du Médoc, selon l’expression consacrée, commence véritablement au 17ème siècle lorsque les premières plantations de vigne eurent lieu dans les années 1670 puis en 1680. Mais les premières traces de la famille Lafite (d’où le nom du château provient) remontent aux années 1200 quand un abbé, celui du Monastère de Vertheuil (commune placée plus au Nord de l’appellation) portait le nom de Gombaud de Lafite. Au 14ème siècle, le nom de Lafite (qui signifie en vieux gascon « la hite », autrement dit la butte) est enfin rattaché à la seigneurie médiévale, là où se situe l’actuel château, lui-même sur les hauteurs de l’appellation. Son nom tient lieu de topographie et ça se vérifie. La réputation de la propriété viticole en tant que telle se construit et se manifeste au début du 17ème siècle. Les héritiers à commencer par la famille de Ségur, reprennent le domaine viticole et lui donnent son entière vocation de propriété viticole. Jacques de Ségur va s’investir pleinement en plantant de la vigne. C’est quelques décennies plus tard que Lafite (qui n’est pas encore propriété des Rothschild) va faire parler de lui notamment dans les cercles de personnages illustres appréciant la consommation de ses vins. Richelieu, qui fit référencer le vin à la Cour de Versailles (aimant ce vin qu’il appelait « fontaine de jouvence ») et le Roi de France, l’américain Thomas Jefferson (qui lors d’un séjour de 4 jours à Bordeaux en Mai 1787, dit de Lafite que « la propriété est la plus belle de l’univers »… et le fera connaître jusqu’en Amérique, tous tiennent en très haute estime ce vin déjà connu outre Manche. Lafite vendait ses vins à Londres au début des années 1700, précisément à partir de 1706, tout comme le château Latour et le château Haut-Brion bien avant eux (Haut-Brion fut le Premier Cru de l’histoire des vins de Bordeaux à se vendre en tant que « Cru » et en bouteille au Royaume d’Angleterre). Cette notoriété chez les marchands de vins en Angleterre et ce dès le 17ème siècle, au point dans faire le « vin du Roi » en France, Lafite la doit à son propriétaire, le Marquis Nicolas-Alexandre de Ségur. Le Roi de France dira de lui qu’il est le « Prince des Vignes ».
Par la suite, et sur une période allant de la Révolution française (où la propriété est confisquée par la République) jusqu’au second Empire, le château va passer de main en main au grès de plusieurs familles qui ne cesseront de revendre le bien sans s’y investir à 100%, du moins contrairement à l’implication de la famille de Ségur. A cette époque, et notamment en 1815, le château est déjà en tête de liste d’un classement non officiel mais sur lequel beaucoup s’appuient pour les transactions. Le vin de Lafite se vendait plus cher que Latour ou Margaux, soit 3 000 francs le tonneau en 1814. Un négociant, Monsieur Lawton, avait d’ailleurs esquissé ce classement préfigurant en quelque sorte, le futur classement impérial de 1855 dans lequel Lafite-Rothschild tiendra la première place avec château Margaux, château Haut-Brion, château Latour et château d’Yquem.
Mais dès 1868, et après que Lafite-Rothschild ait été reconnu comme Premier Cru Classé de 1855, la propriété va de façon déterminante, être associée au nom des Rothschild (la branche française). Ainsi, en 1868, le Baron James de Rothschild rachète la propriété. Lafite prend dès cet achat le nom définitif de château Lafite-Rothschild. Il faut toutefois regretter que le Baron n’ait pas eu le temps de profiter de son acquisition puisqu’il décède quelques mois après. Ce sont ses trois fils qui dirigeront la propriété. Durant la première moitié du 20ème siècle, les vins sont compliqués à vendre. En effet, sortant du phylloxéra vers les années 1860 (qui décima une partie du vignoble en Europe), puis subissant la Première Guerre Mondiale et les années de crises économiques notamment avec la dégringolade de la bourse à Wall Street en 1929, les propriétés viticoles sont fragilisées et les vins se vendent moins bien. Mais après la Seconde Guerre Mondiale, Lafite-Rothschild comme ses voisins, va trouver un second souffle en la personne du Baron Elie de Rothschild. Ce dernier agrandit le domaine et restructure une partie du vignoble. C’est un très bon communicant. Grâce à l’organisation de « Tasting » à Londres, les vins de Lafite-Rothschild regagnent leur place de choix sur le marché des vins.
En 1974, son neveu, le Baron Eric de Rothschild, préside aux destinées du célèbre cru classé en entreprenant de grands travaux et en ne ménageant pas ses efforts : replantation avec des amendements doublés (pour ajuster la composition du sol pour que ce dernier interagisse plus naturellement avec la vigne et la maturation des raisins). Mais son chantier le plus emblématique à ce jour est la construction d’un chai de vieillissement splendide mais surtout très fonctionnel et novateur, pour ne pas dire révolutionnaire. Et c’est une première à Bordeaux. Conçu en 1987 par l’architecte catalan, Ricardo Bofill, ce chai à 360 degrés (en forme de cercle avec colonnes et voûte, et qui ressemble à une véritable cathédrale du vin), chai pouvant contenir jusqu’à 2200 barriques, est dédié à l’élevage des vins de deuxième année. Cette nouvelle configuration offre une meilleure ergonomie et facilite toutes les manipulations des barriques durant toutes les phases d’élevage. C’est une prouesse technique et un ravissement pour les yeux par son audace et son esthétisme. Un concept très médiatisé à l’époque à son inauguration et qui d’ailleurs a été repris plus tard, sans le copier à 100%, par quelques propriétés non moins renommées à l’instar du château Cheval Blanc à Saint-Emilion. A noter que le château l’Evangile à Pomerol (propriété des Domaines de Rothschild depuis 1990) est lui aussi doté d’un tel chai mais de taille plus modeste, configuration des lieux et esprit à Pomerol obligent !
Toutes ces améliorations ne sont là que pour chercher à servir le grand terroir de Lafite et à produire le nec plus ultra en matière de vins afin de permettre à Lafite-Rothschild de tenir la première place sur le podium des vins du Médoc. Place qu’il occupe incontestablement depuis des décennies, voir des siècles. Les vins de Lafite-Rothschild sont donc à nouveau au firmament et très demandés par les marchés internationaux. Il faut dire que les grands millésimes donnés par la nature (mais pas que) y aident aussi. 1981, 1982 (millésime du siècle), 1983, 1985, 1986, 1988, 1989, 1990, 1996. Ces deux décennies ont fait briller la propriété et augmenté l’appétence pour la marque. Eric de Rothschild a fait grandir la notoriété du cru (lequel est classé, pour son château, monument historique depuis 1989), comme ses prédécesseurs avant lui mais en propulsant la propriété dans les enjeux environnementaux de la fin du 20ème siècle et des premières décennies du 21ème siècle.
N’oublions pas que l’homme de vision qu’il est, a initié avec son Directeur Général, Christophe Salin, une nouvelle entité : les domaines Rothschild pour implanter le groupe à l’international. Ainsi viennent se greffer les différentes entités (propriétés) dont Lafite-Rothschild, château Duhart-Milon (4ème Cru Classé en 1855) à Pauillac, château l’Evangile à Pomerol (racheté en 1990), château Rieussec (1er Cru Classé en 1855 à Sauternes) ainsi que d’autres investissements hors de Bordeaux comme dans le Languedoc avec le château d’Aussières en appellation Corbières, ainsi qu’au Chili (Vina Los Vascos) sans oublier l’Argentine (Bodegas Caro). La Chine n’est pas en reste car le Baron voit loin, curieux de tout, fin observateur et n’hésite pas à aller de l’avant. Il investit dans la province du Shandong. Faut-il rappeler que Lafite-Rothschild est une véritable star en Chine au point d’être sujet à de grandes spéculations et à la production de faux Lafite-Rothschild avec des étiquettes trompeuses (les vins ont été victimes de leur succès, c’était inévitable). En la demeure, et depuis 2012, les temps se sont heureusement un peu calmés grâce au recours au système d’authentification Prooftag. Mais tout comme dans le marché du luxe, Lafite restera, comme d’autres vins iconiques et involontairement spéculatifs, la cible de faussaires peu scrupuleux.
L’histoire de Lafite-Rothschild s’inscrit donc dans une perpétuelle marche en avant et dans une volonté de faire progresser les choses car rien n’est acquis et tout doit se transmettre de génération en génération pour que le livre ne se referme jamais. Aussi Eric de Rothschild décide-t-il en 2018, dans un souci de transmettre le témoin à une nouvelle génération, de confier les rênes à sa fille, Saskia de Rothschild. Elle a 30 ans à ce moment là. Diplômée d’HEC et de Columbia University, cette ancienne journaliste (qui a notamment travaillé pour de grands quotidiens et périodiques internationaux dont le New York times, le Washington Post, Vanity Fair, Le Monde, les Echos…) avait déjà un pied, dès 2008, dans le groupe Domaines Barons de Rothschild au sein du Conseil d’administration. Elle en assurait avec son père, la présidence jusqu’en 2016. Elle prend donc officiellement la tête des propriétés du groupe, après avoir passé un BTS viti-oeno (pour comprendre tous les aspects fondamentaux du vin et gagner en légitimité) aux côtés du directeur technique Eric Kholer (ex responsable du château Rieussec à Sauternes et du château d’Aussières en Languedoc) en charge des vinifications. Ce dernier a bien été « formé » par le grand Charles Chevallier (directeur technique des Domaines Barons de Rothschild de 1994 à 2016). Désormais ambassadeur des propriétés du groupe à l’international, Charles Chevallier a participé à de grands millésimes de Lafite-Rothschild dont son dernier, le splendide 2015. Faut-il rappeler que l’homme est à l’origine d’un certain renouveau dans la qualité des vins produits à Lafite-Rothschild. Les années 90 sont celles d’un grand retour sur scène de Lafite-Rothschild après des années 60 et 70, et dans une moindre mesure, certains millésimes des années 80, plus difficiles. Charles Chevallier n’a jamais cédé aux modes des vins sur-concentrés ou sur-extraits, lesquels avaient cour dans le bordelais, toute rive confondue. L’amateur de grands vins avait fini d’ailleurs par se lasser de ce style exagéré. Mais à Lafite, le terroir c’est sacré. Celui-ci n’a d’autres vocations que d’élaborer des vins à la concentration mesurée et surtout dans l’élégance. Un principe fondateur qu’Eric Kolher entend bien lui aussi appliquer à en juger les 2016, 2018, 2019, 2020, 2021, 2022 et 2023, pour ne parler que des millésimes phares produits dans le bordelais sous sa direction technique. Saskia de Rothschild devenant Présidente Exécutive des Domaines Barons de Rothschild (branche Lafite) et co-gérante du château Lafite-Rothschild, une partie de l’équipe dont Christophe Salin (pour la direction générale des domaines) évolue aussi avec de nouvelles têtes comme autant d’atouts. Christophe Salin, nommé Senior Advisor du groupe, laisse officiellement sa place le 31 mars 2018 à Jean-Guillaume Prats pour la direction executive du groupe. Bien connu des bordelais et du milieu du vin, pur médocain et au parcours remarquable, Jean-Guillaume Prats est bien connu dans le Médoc pour avoir assuré la direction à Cos d’Estournel (second cru classé en 1855 à Saint-Estèphe) durant une dizaine d’années. Cos d’Estournel est la propriété phare et voisine de Lafite-Rothschild. Sa famille, les négociants Ginestet, possédait ce cru exceptionnel qui fut cédé ensuite à Michel Reybier en 2000. Jean-Guillaume Prats l’a dirigée jusqu’à son départ en 2011 pour le groupe LVMH (en charge des vignobles de la branche Estates & Wines aux USA). Sa parfaite connaissance des marchés des vins de luxe à l’international et sa maîtrise du marché des vins de Bordeaux, via la Place de Bordeaux, sont des atouts dans son nouveau rôle au sein des Domaines Barons de Rothschild. Toutefois, Jean-Guillaume Prats quitte le groupe et l’appellation Pauillac en 2022 pour rejoindre l’appellation Saint-Julien et son ami de longue date, Jean-Hubert Delon (fondateur des Domaines Delon dont son célèbre second cru classé en 1855, Léoville-Las-Cases). A la demande du propriétaire, il va en occuper le poste de vice-Président.
Le terroir de Lafite-Rothschild, voué à l’élaboration de grands vins depuis 1680, est un patrimoine fantastique mais un joyau exigeant dans sa gestion. Organisé en trois zones principales, le vignoble est composé de coteaux tout autour du château, d’une parcelle de 4,5 hectares sur la commune voisine de Saint-Estèphe (une parcelle appartenant au château depuis très longtemps) et bien entendu du plateau des Carruades (plus à l’ouest du château) qui donne son nom au splendide second vin de la propriété : Carruades de Lafite. La propriété compte donc pas moins de 112 hectares plantés de vignes (conduites en culture raisonnée) avec des parcelles bien exposées et organisées en de belles croupes (petites collines). Les sols sont faits de graves fines et profondes sur une base siliceuse de sable blanc et noir, le tout dominant un sous-sol calcaire. Si le sable et le calcaire assurent avec importance un excellent drainage des sols, les graves günziennes (galets de quartz charriés il y a deux millions d’années au début du Quaternaire par l’ancienne Garonne) ont un rôle tout aussi majeur : elles restituent la chaleur aux raisins durant la nuit assurant ainsi une parfaite maturation puis une maturité aboutie avant les vendanges. L’encépagement du vignoble, dont les vignes ont un âge moyen de 40 à 50 ans, est essentiellement composé à 70% de Cabernet Sauvignon, 25% de Merlot, 3% de Cabernet Franc et 2% de Petit Verdot.
A chaque millésime, l’engagement de perpétuer l’esprit Lafite dans la tradition, tout en faisant siennes les nouvelles technologies, est un équilibre fragile mais essentiel à la légende des vins de Lafite-Rothschild. L’excellence de Lafite ne saurait souffrir d’une politique ne servant pas la grandeur du terroir. Pour parvenir à élaborer de grands raisins capables de donner de la densité, de la richesse et de l’élégance, comme le souligne le directeur technique Eric Kohler, la vinification doit être toujours adaptée à la personnalité de chaque millésime (dans ses forces comme dans ses faiblesses éventuelles). C’est d’autant plus accessible lorsque l’on connaît parfaitement l’identité de chaque parcelle, de chaque terroir et que la seule ligne de conduite, bon an mal an, est de produire de la profondeur, de la richesse, de la finesse et de l’élégance mais sans renier la puissance génétique des Pauillac. En ce sens, la vinification de chaque parcelle se fait de facto séparément dans le but de séparer chaque identité de terroir pour mieux les assembler plus tard lors des séances d’assemblages en janvier, février de l’année suivant la vendange. La gestion des vinifications, assurée par Eric Kohler et ses équipes, est donc pointue. La propriété a même poussé ses « recherches » sur le Merlot (deuxième cépage en proportion sur le vignoble) en créant un cuvier qui lui est entièrement dédié (une dizaine de cuves de petite capacité) pour observer comment chaque lot de Merlot réagit. Rien n’est laissé au hasard ! Quant à l’élevage des vins, qui dure de 18 à 24 mois, la propriété et dans un souci de traçabilité, peut compter sur sa propre tonnellerie à domicile puisque cinq tonneliers fabriquent environ 2000 barriques pour les différentes propriétés du groupe. Avoir sa tonnellerie à domicile n’est pas l’apanage de toutes les propriétés. Mais château Haut-Brion (Premier Cru Classé en 1855) en Pessac-Léognan, Smith-Haut-Lafitte (Cru Classé de Graves) en Pessac-Léognan, château Margaux (Premier Cru Classé en 1855) à Margaux, tout comme Lafite-Rothschild, ont choisi d’internaliser la tonnellerie pour mieux maîtriser les élevages et conserver le style de leurs vins.
Dès 2024, la propriété entreprend des travaux ambitieux pour repenser son cuvier et ses chais tout en préservant les cuves de chêne (patrimoine historique du château), des cuves inox pour les vinifications parcellaires et son fabuleux chai de forme orthogonale de 1987 signé Ricardo Bofill. La réorganisation des chais, de l’entrée des raisins jusqu’à la sortie de la bouteille habillée, prête à être livrée chez les négociants de la Place de Bordeaux, est essentielle. Cette restructuration de l’organisation spatiale des bâtiments viticoles et l’optimisation des vinifications entendent gagner en efficacité et cohérence tout en étant en totale adéquation avec les enjeux environnementaux de notre époque. C’est l’architecte Bernard Quirot qui est en charge de ses travaux architecturaux très contemporains et qui doivent sublimer l’histoire du château, tout en s’intégrant au terroir qui lui fait face, selon le souhait de Saskia de Rothschild. Ces travaux s’inscrivent dans la démarche « Bâtiments durables en Nouvelle Aquitaine ». Ce qui a d’ailleurs valu au projet de recevoir la médaille d’or (pour le projet) avant la réalisation effective.
Produisant environ 300 000 bouteilles par an, la propriété offre aux grands amateurs de vins de Bordeaux un vin au toucher et à la sève unique en bouche. Lafite est considéré comme le plus esthétique et le plus raffiné du Médoc et l’on ne s’étonnera pas qu’il soit considéré dans le classement impérial de 1855 comme « le Premier des premiers. » C’est un fait vérifiable dans chaque millésime qui parfait la réputation de ce Premier Cru Classé du Médoc, comme dans les vieux millésimes où les arômes de graphite ou de mine de crayon se déploient sur des tanins d’une densité majestueuse, le tout donnant la mesure de la splendeur de son immense terroir. Chaque vin est porteur du style et de l’esprit Lafite. Le vin de château Lafite-Rothschild (grand vin comme second vin avec Les Carruades) offre des moments rares dans le parcours d’un dégustateur comme d’un grand amateur de vin. Lafite-Rothschild fait rêver et incarne dans son style, la quintessence des très grands vins de Bordeaux.
Issu d’un assemblage de 87 % de Cabernet Sauvignon et de 13 % de Merlot, le vin est très impressionnant par son architecture et son élégance. Peut-être moins massif et moins flamboyant (ou démonstratif) que l’excellent millésime 2009, Lafite-Rothschild 2010 est en revanche riche avec plus de dynamisme, voire de précision. D'un pourpre profond au rouge sang, sur des expressions de cèdre, de moka, de chocolat noir et de graphite, l’évolution aromatique se poursuit sur des notes de crème de cassis. Mais le vin n’a pas tout dit, encore sur sa réserve du fait du millésime et du potentiel de garde fabuleux et de grande promesse. La bouche est gourmande, sur une acidité donnant beaucoup de mordant, de fraîcheur et de tension au vin. La trame est dense, racée avec un toucher de taffetas et affiche une élégance flamboyante, le tout parfaitement équilibré dans ses composantes. Le poids de vin est conséquent. On a bel et bien affaire à un millésime exceptionnel inscrivant ce Lafite-Rothschild 2010 dans de longues gardes (plus de 50 ans). Ne l’ouvrez pas trop vite (trop tôt) – raisonnablement pas avant 2022 (pour les plus pressés) car vous passeriez à côté de la profondeur et de la splendeur de ce vin.
Carruades de Lafite – qui fut initialement appelé « Moulin des Carruades » - tient son nom depuis les années 80 du « plateau des Carruades », des parcelles acquises en 1845 et adossées aux fameuses croupes du château Lafite. Ce second vin issu de vignes spécifiques pour son élaboration, est par définition moins puissant que son grand frère mais partage avec lui l’élégance typique du grand vin de Lafite. Avec une plus forte proportion de Merlot (généralement 30 à 40%) qui permet d’apprécier ce vin plus facilement et plus « rapidement » que son ainé, complété de 50% de Cabernet Sauvignon et de 1 à 5% de Cabernet Franc et de Petit Verdot, Carruades de Lafite gagne chaque année en précision et en excellence. Par principe, il s’affiche toujours avec un fruité plus démonstratif et plus gourmand que le grand vin mais ne manque pas de pouvoir vieillir dans les grands millésimes où ce dernier est capable d’atteindre entre 15 et 20 ans de garde (certes plus « modeste » que la capacité de garde du grand vin). Il est la porte d’entrée principale à l’univers et à la splendeur du grand vin sans obliger le dégustateur à l’attendre trop longtemps pour l’apprécier.
1899-1900-1926-1928-1929-1945-1947-1949-1953-1955-1959-1961-1970-1975-1981-1982-1985-1986-1988-1989-1990-1995-1998-2000-2005-2009-2010-2015-2016-2018-2019-2020-2022