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Saint-Julien,Bordeaux , France
Château Léoville Barton
33250 Saint-Julien-Beychevelle
France
+33 (0)5 56 59 06 05
Renommé « Léoville Barton » après qu’Hugh Barton ait acheté en 1826 une partie du vignoble du domaine de Léoville, ce second Cru Classé en 1855 appartient à la famille irlandaise Barton dont Lilian Barton Sartorius (9ème génération de Barton et fille du charismatique Anthony Barton) préside aux destinées de ce Saint-Julien d’excellence. Propriétaire également du château Langoa Barton, la famille Barton figure comme la plus ancienne famille propriétaire d’un Grand Cru Classé, et ce depuis près de 200 ans.
Situé sur l’appellation Saint-Julien, entre Saint-Julien-Beychevelle et la commune de Saint-Julien, le château Léoville Barton est l’une des plus anciennes propriétés de la Rive Gauche, dans le Médoc. L’ancien « Mont Moytié » doit sa notoriété au XVIIème siècle à Blaise Antoine Alexandre de Gasq, alors aux commandes d’un domaine viticole qui comptait pas moins de 300 hectares de vignes, soit le plus grand domaine dans le Médoc à cette époque. En ces temps, le domaine est déjà reconnu pour la qualité de ses parcelles offrant une combinaison de graves mêlées d’argile et de calcaire selon les parcelles. Un atout qui ne manquera pas de s’exprimer dans les vins. Anecdote qui a son importance, les vins du « domaine de Léoville » affichent un prix qui caracole en tête des vins parmi les plus chers à l’instar d’autres voisins déjà parmi les plus grands vins de l’époque comme le château Lafite-Rothschild et le château Latour, deux prestigieuses propriétés à Pauillac qui deviendront Premier Grand Cru Classé en 1855. Le « domaine de Léoville » va alors être divisé en trois au moment de la Révolution française, une partie devenant le château Léoville Poyferré, une autre le château Léoville-Las-Cases (les héritiers de Las Cases gardant la part la plus importante du vignoble avec 97 hectares), la dernière, pour Léoville Barton. Ces trois propriétés ainsi scindées seront toutes les trois en 1855 classées en tant que Seconds Grands Crus Classés en 1855.
Pour le « domaine Léoville », c’est une famille Irlandaise qui souhaite jeter son dévolu sur Léoville puisque Thomas Barton, fondateur en 1725 de la maison de négoce Barton et Guestier veut se porter acquéreur de ce domaine. Mais à cette époque, eu égard au « droit d’aubaine », une loi ne permettant pas à un étranger d’acquérir un bien français, il faudra attendre que cette loi soit abolie en 1819 pour que cela puisse se faire. C’est donc à son petit-fils, Hugh Barton qui en 1821, achetant d’abord le château Langoa Barton, puis d’autres parcelles voisines comme celles de Léoville-Monbalon et du château Latour en 1822, enfin une partie du « domaine de Léoville » en 1825, que revient le rôle de constituer le château Léoville Barton.
Le château Léoville Barton entre donc dans la dynastie des Barton, et ce pour dix générations jusqu’à aujourd’hui. La famille Barton est donc présente depuis près de trois siècles, un cas exceptionnel.
Dès 1855, le château se voit classer Second Grand Cru Classé en 1855 de Saint-Julien. Au 20ème siècle, Ronald Barton (l’oncle d’Anthony Barton) - qui remis le vignoble en état tant les vignes étaient abîmées avec le temps – avait dû, tout comme Hugh Barton en 1793 pendant la Révolution française, fuir momentanément la propriété en 1940 durant l’occupation, pour repartir en Irlande. Il revient sur ses terres dès la capitulation de l’Allemagne en mai 1945 pour s’affairer à l’un des millésimes les plus mythiques de Bordeaux, 1945 étant exceptionnel. D’ailleurs, Ronald Barton, toujours à la tête de la maison de négoce familiale Barton & Guestier, vinifiera avec ses équipes par la suite d’autres millésimes très réussis ou exceptionnels couvrant la période de 1947 à 1959, voire au-delà (parmi lesquels 1947, 1949, 1953, 1955, 1959, 1961, 1962, 1970, 1975, 1982).
En 1983, Anthony Barton - le « gentleman du Médoc » ou « l’homme à la classe anglaise inimitable » selon l’expression de Pierre Lurton - passionné de pêche et dit-on un as de la danse du Charleston -, reprend à la demande de son oncle, la gestion des deux propriétés. Arrivé discrètement en France en 1951 à l’âge de 21 ans, Anthony Barton va, une fois ses études achevées alors qu’il a du mal à s’intégrer à la société française, rejoindre la maison de négoce familiale avant d’en démissionner en 1967 : en fait, Anthony Barton fut poussé comme d’autres membres de la famille, vers la sortie avec l’entrée dans le capital du négoce familial du groupe Seagram devenu majoritaire. Optimiste et proactif de nature, Il en profite pour créer dès 1968, à l’âge de 38 ans, sa propre maison de négoce, « les vins fins Anthony Barton. » En 1986, son oncle décède. Anthony s’installe alors définitivement sur son lieu de travail, les propriétés de Langoa Barton et Léoville Barton pour veiller au quotidien à la bonne marche des entreprises : des lieux chargés d’histoire mais avec une charge conséquente : ses bâtisses historiques exigent un entretien chronophage et gourmand en coût.
Depuis 2010, c’est la fille d’Anthony Barton, Lilian Barton Sartorius, 9ème génération de Barton, qui est à la tête des propriétés et de la maison de négoce familiale. Avec son mari, Michel Sartorius, dans le vin depuis 1990 après avoir rejoint son épouse dans le négoce en 1989, en charge des ventes sur le marché français, Lilian Barton s’occupe de l’international. En 2011, la famille fait l’acquisition du château Mauvesin (appelé depuis Mauvesin-Barton), 50 hectares sur l’appellation Moulis. Le terroir mon facile qu’à Saint-Julien, puisqu’éloigné de l’estuaire et plus proche des forêts et de l’intérieur des terres médocaines, offre malgré tout un terrain de jeu intéressant et un vrai challenge. La propriété y est aussi équipée d’installations équestres : une aubaine pour la petite fille d’Anthony Barton, Mélanie, qui est une cavalière expérimentée et qui occupe la propriété depuis 2013.
En janvier 2022, le grand Anthony Barton décède laissant derrière lui, une longue histoire de Barton mais dont sa fille, actuelle Présidente du groupe familial, son gendre et ses deux petits-enfants, Mélanie et Damien, perpétuent cette fabuleuse saga d’une famille discrète, bienveillante, charmante et vouée à l’excellence des vins de Bordeaux.
Au 18ème siècle, précisons que la force du « domaine de Léoville » - avant d’être séparé en trois parties pour former Léoville Las Cases, Léoville Barton et Léoville Poyferré - résidait déjà dans une prise de conscience de qualité grâce à la diversité de ses sols avec des superpositions d’argile et de calcaire : une combinaison qui donne toujours aujourd’hui une vraie typicité complémentaire à chaque cépage et ce, selon chaque parcelle pour produire un vin d’une vraie personnalité reconnaissable. C’est-à-dire un Saint-Julien équilibré, d’une grande finesse et jamais dans l’ostentation.
Le terroir de Léoville Barton (50 hectares), tout comme celui des 17 hectares de Langoa Barton (3ème Grand Cru Classé en 1855) - Saint-Julien classé probablement le moins connu du marché de consommation (mais qui vaut le détour) – repose sur un sol de graves avec un sous-sol d’argile. A Léoville Barton, le Cabernet Sauvignon y est majoritaire (55%) contre 35% de Merlot et 10% de Cabernet Franc. A Langoa Barton, ces mêmes cépages sont à 75% et à 25% pour le Merlot. Les vignes très âgées (la parcelle la plus ancienne date de 1953), dont l’âge moyen est de 40 ans, y sont fortement présentes pour conserver un certain style, celui des grands Cabernets Sauvignons de Saint-Julien et plus généralement du Médoc. D’ailleurs 2 hectares par an sont replantés dans cet objectif.
Depuis 2012, plus de 12% du vignoble est conduit en agriculture biologique avec une augmentation tous les ans. En 2020, Léoville Barton obtient le lavel HVE (Haute Valeur Environnementale).
Côté élevage, Léoville Barton, tout comme Langoa, a toujours privilégié une approche douce sans tomber dans le piège des cuvaisons trop extraites et trop longues. Le caractère subtil des Saint-Julien devant être préservé, avec un fruit tout en relief, les Barton s’adaptent à la morphologie de chaque millésime sans aller chercher l’excès. Les vinifications opérées par les équipes de la famille Barton sont à leur image : prudentes, raisonnées, subtiles, équilibrées. Le cuvier vaut le coup d’œil pour les amateurs de patrimoine viticole. Très traditionnel avec ses cuves de chêne de 200 hl (le château Lynch-Bages, le château Margaux, le château Montrose, le château la Tour de By, etc… sont les rares propriétés à avoir conservé ce type de cuvier historique, tout en ayant depuis modernisé leur unité de vinification), le cuvier de Léoville Barton cultive l’histoire sans avoir quand même oublié d’équiper ses cuves bois d’un système de thermorégulation, essentiel à la maîtrise de contrôle de température en phase fermentaire. Le vin rejoint ensuite le grand chai à barriques pour un élevage de 18 à 24 mois selon la typicité du millésime.
Tout comme pour l’élevage dont l’approche est traditionnelle tout en recherchant la qualité absolue, les vins de Léoville Barton et de Langoa Barton sont le signe d’une grande « simplicité » dans leur élaboration. Rappelons que la famille n’a jamais été attirée par la course à la haute technologie ou aux investissements lourds (techniques) pour faire progresser les vins : ce qui aurait probablement eu des conséquences sur les prix du vin. Anthony Barton ayant toujours considéré, sûrement à juste titre, et l’histoire lui donne raison, que l’on pouvait élaborer des grands vins dans n’importe quel type de contenant, le tout étant de comprendre ce que l’on fait et de s’appliquer avec sérieux. Inutile de dire que le prix des vins très raisonnables pour un second et un troisième Grand Cru Classé en 1855, tels que Léoville Barton et Langoa Barton – car cela a toujours été dans la politique d’Anthony, puis de sa fille et sûrement de ses petits-enfants – s’explique aussi par cette politique d’investissements très réfléchis et raisonnables au sein des deux propriétés. Tant mieux pour le plus grand bonheur du portefeuille des consommateurs de grands Saint-Julien affectionnant particulièrement ces deux marques. Les vins ont cette élégance propre aux grands Saint-Julien avec un équilibre particulièrement soigné, leur conférant un côté presque aristocratique, sinon d’un classicisme réjouissant.
Léoville Barton produit sa grande étiquette (le grand vin) et un second vin, La Réserve de Léoville Barton (à base de vignes un peu plus jeunes et jugées incompatibles avec le style du grand vin). Langoa Barton, véritable vin star outre Manche, puisque les anglais en raffolent, produit aussi son second vin qui n’est autre que le second vin de Léoville Barton, La Réserve de Léoville mais qui, selon les marchés, prend le nom de Lady Langoa, pour le marché britannique notamment.
Dans ce millésime assez plébiscité mais peut-être plus contrasté que son prédécesseur, 2022 fut plus réussi de façon globale dans le bordelais, Léoville Barton 2023 est une vraie réussite et montre à quel point les progrès ont été constants depuis ces dernières décennies. Dans ce millésime vendangé du 12 septembre au 2 octobre, c’est un Saint-Julien classique faisant la part belle aux grands Cabernet Sauvignon de la propriété puisque l’assemblage en incorpore 87%, suivis de 10% de Merlot et 3% de Cabernet Franc, le tout élevé dans 60% de barriques neuves (on s’est adapté avec raison au millésime). Le nez exprime avec facilité et gourmandise des arômes de fruits noirs comme la mûre écrasée et la baie de cassis. C’est très frais et pur. L’agitation révèle une touche minérale de mine de crayon avec ce côté très graphite. Côté bouche, après une attaque vive, le vin présente un certain poids de vin avec un milieu de bouche juteux, ample sur une structure tannique élégante et raffinée. La fin de bouche est fruitée et longue avec une sensation de vin dynamique, pour ne pas dire vibrant. Un grand Léoville Barton, tout en élégance et peut-être plus « moderne » qu’à l’accoutumé par ce côté fruité très séducteur. Vin de garde assurément !
Le millésime 2016 fut exceptionnel, succédant à l’autre incroyable 2015. La propriété décide d’incorporer dans son second vin une très grande majorité de Cabernet Sauvignon (à minima 70%, et ce depuis le millésime 2006) pourtant d’excellente facture ; mais voilà, préoccupations d’esthétique obligent, ils sont jugés légèrement en dessous des Cabernets à incorporer dans le Grand Vin. 74% de Cabernet Sauvignon, 22% de Merlot et 4% de Cabernet Franc composent La Réserve de Léoville Barton 2016. Avec sa robe foncée et profonde, La Réserve est un concert d’arômes à base de fruits rouges, de fruits noirs sur quelques notes tertiaires de type balsamique, sans oublier d’afficher un côté mine de crayon. C’est assez subtil et très plaisant à sentir. La bouche est suave au niveau de l’architecture tannique sans manquer de charnu et de volume. Pour un second vin, effet millésime oblige ou non, cela reste plutôt au-dessus de certains premiers vins de certaines propriétés médocaines non classées. Il y a beaucoup d’attention dans l’élaboration de ce second vin qui se veut, comme souvent, être un vin à part entière, sans souffrir d’être l’éternel « petit frère » du Grand Vin ou une simple copie en plus jeune. On retrouve ici le style non dénaturé des vins de Saint-Julien pour notre plus grand bonheur.
Dans un style assez différent que son voisin Léoville Barton, Langoa Barton offre pourtant des vins au style Saint-Julien fidèle à ce que l’on en attend. Cru des Barton plus méconnu, du moins sur le marché français car il est un véritable succès au Royaume-Uni, que Léoville Barton, la propriété élabore des vins tout aussi élégants que ceux de Léoville Barton mais différents à commencer par la quantité de Cabernet Sauvignon consenti contrairement à Léoville Barton. Dans cet assemblage de 60% de Cabernet Sauvignon, 37% de Merlot et 3% de Cabernet Franc, le 2023 est pourtant « flatteur » et comme a son habitude, séduisant. Nez agréable généreusement fruité avec des touches florales. La bouche est équilibrée, élégante avec une structure moins « imposante » que dans un Léoville Barton. D’une longueur certaine, Langoa Barton 2023 permet sur un millésime identique, et sans chercher systématiquement à le comparer à Léoville Barton, d’apprécier plus tôt l’univers Barton. Le vin a gagné, ces dernières années, en précision et densité, l’âge du vignoble année après année permettant de rentrer un peu plus dans le goût du lieu.
1928-1929-1945-1947-1949-1953-1955-1959-1961-1970-1975-1981-1982-1985-1986-1988-1989-1990-1995-1998-2000-2005-2009-2010-2015-2016-2018-2019-2020-2022-2023