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Moulis,Bordeaux, France
Château Poujeaux 450 avenue de la Gironde
33480 Moulis-en-Médoc
France
+33 (0) 5 56 58 02 96
Cette ancienne seigneurie du Moyen-Âge dépendante du futur château Latour, devient dès le XIXème siècle un domaine viticole à part entière. D’abord propriété de la famille Theil à partir de 1920, c’est finalement en janvier 2008 que ce cru « au terroir de premier » change de main avec l’arrivée de la famille Cuvelier (Philippe) déjà propriétaire du Premier Grand Cru Classé, le château Clos Fourtet, en appellation Saint-Emilion Grand Cru. Avec les Cuvelier, un nouveau chapitre s’ouvre pour transcender un terroir graveleux de 68 hectares situé sur une très belle croupe. C’est Matthieu Cuvelier (le fils) aidé de Christophe Labenne (petit-fils des anciens propriétaires) qui sont aux commandes, sur les conseils avisés du célèbre œnologue, Stéphane Derenoncourt.
Poujeaux débute son histoire dès le Moyen-Âge. A cette époque, ses terres – faisant partie d’une seigneurie - dépendaient de l’actuel château Latour à Pauillac, connu à l’époque sous le nom de Latour Saint-Mambert. Mais il faut attendre le 19ème siècle, c’est-à-dire précisément en 1806 pour que Poujeaux, qui se met alors à produire ses propres vins, devienne un domaine totalement indépendant comme l’actuel château. C’est la famille Castaing qui possède alors la propriété. A partir de 1880, la propriété est morcelée en trois entités à cause d’une succession. Philippe Castaing, l’un des trois héritiers revendra sa part dès 1921 à une nouvelle famille, les Theil. Mais la propriété retrouvera son unité d’avant avec Jean Theil, fils de François Theil, qui en 1957 réunira les trois parts pour ne faire qu’un ensemble, soit 100 hectares dont 70 hectares de vignes. Lorsque ce dernier décède, trois de ses enfants vont reprendre la propriété de 1997 à 2007. La famille en profite pour agrandir le vignoble et améliorer l’outil de travail.
En 2008, le cru passe dans les mains d’une nouvelle famille venue du nord : les Cuvelier. Elle avait déjà quitté son Nord-Pas-De-Calais natal pour investir à Bordeaux en rachetant à la famille Lurton, le prestigieux Clos Fourtet en 2001, un Premier Grand Cru Classé B à Saint-Emilion. C’est le fils de Philippe Cuvelier, Matthieu, qui va gérer le château Poujeaux avec la ferme intention d’insuffler un dynamisme à ce cru un peu « endormi » bien que les vins aient déjà une excellente réputation. Aidé de Christophe Labenne à la co-gérance (ce dernier est le petit-fils des anciens propriétaires, les Theil et travaille à Poujeaux depuis 1999), Matthieu Cuvelier se rapproche de Stéphane Derenoncourt, l’œnologue consultant connu pour ses interventions dans les propriétés de la Rive Droite mais aussi dans le Médoc. Le but est clair : hisser la propriété au sommet avec une production de qualité, et donner plus d’expression dans les vins. Notons que l’arrivée de la famille Cuvelier dans la destinée de Poujeaux s’inscrit d’abord dans le respect de son passé, de son histoire tout en voulant préserver l’âme du château. Ici, la reprise ne s’est donc pas faite avec un esprit de tout chambouler ou de tout révolutionner mais dans un esprit de transition délicate, plus humain tout en décidant d’amener le cru à son plus haut niveau en élaborant des vins puissants et délicats par leur structure.
Le château, situé au cœur de l’appellation Moulis qui compte au total 630 hectares et une forte concentration de propriétés pour un si petit territoire viticole, possède des vignes sur un terroir de graves et d’un seul tenant. Cette belle croupe de graves günziennes de 60 hectares sur le plateau du Grand Poujeaux est plantée à 50% de Cabernet Sauvignon, 40% de Merlot, 5% de Cabernet Franc et 5% partagés entre Petit Verdot et Malbec. C’est un terroir typique du Médoc mais qui a toujours permis à la propriété d’élaborer des grands vins dignes de son statut : Cru Bourgeois Exceptionnel. Nul doute que la propriété, et de l’avis des spécialistes, est un fleuron, avec le château Chasse-Spleen, de l’appellation. En repensant la gestion de ce vignoble – par une conduite respectueuse du vivant tout en maîtrisant les rendements pour les ramener à 50 hectolitres par hectare - les Cuvelier entendent très vite gommer certains traits de caractère des vins qui à leurs yeux ne convenaient pas, notamment sur le profil en bouche des vins jugés initialement trop tanniques et pas assez caressants. L’outil technique a aussi été repensé avec des investissements qu’il était nécessaire de faire. La réception vendange est plus d’actualité avec un tri manuel systématique sur les raisins et les baies arrivant sur les tables de tri. Le futur vin devant gagner grâce à cela en pureté aromatique et en complexité.
La famille Cuvelier ait déjà forte de son expérience de gestion d’un grand cru avec le Clos Fourtet à Saint-Emilion qu’elle possède depuis 2001. Dans ce contexte, les ambitions qu’elle donne au château Poujeaux suivent un axe similaire à celui de Clos Fourtet, tout en intégrant les spécificités propres liées au style des vins de Moulis. Ainsi, c’est dans un esprit d’équipe qu’est assurée à la fois l’approche « innovante » sans jamais oublier la partie tradition dans la viticulture et la modernité dans la vinification. Au vignoble, les vignes sont cultivées en conduite raisonnée. Sont pratiqués l’effeuillage, l’ébourgeonnage et les vendanges vertes pour mieux contrôler les rendements. Et dans les phases cruciales du cycle de maturité du raisin, celle-ci est évaluée à l’œil complété d’une approche technologique. Les vins sont vinifiés de façon à garantir aux vieilles vignes l’expression de tous leurs arômes. Les raisins issus de vignes plus jeunes sont vinifiés ensemble. L’élevage se fait en barrique de chêne français, sur une période de 12 mois.
Dans un souci de ne ressembler à aucun autre vin, puisque le but étant de rester fidèle à lui-même, château Poujeaux élabore des vins, millésime après millésime, généreux, élégants, aimables tout en étant structurés.
Depuis l’arrivée des Cuvelier, les assemblages dans les vins ont quelque peu été modifiés. Le Cabernet Sauvignon et le Merlot y sont majoritaires, l’un donnant une certaine énergie, de la fraîcheur, de la tension, de la complexité et participe donc activement au façonnage de la trame. Quant à l’autre, il assure l’amabilité et la rondeur. Le Petit Verdot, que les médocains apprécient tout particulièrement quand ils ont la chance d’en posséder – et bien que le cépage soit très technique à ramasser car sa fenêtre de ramassage à maturité est très courte – confère dans les vins de l’équilibre et cette touche inimitable de parfums et de saveurs épicées.
2023 est plus ou moins dans la réputation de son prédécesseur, bien que la réussite soit moins homogène dans le bordelais qu’en 2022. Mais le millésime reste excellent et fera à n’en pas douter, partie des classiques à Bordeaux. Si les vins de château Poujeaux sont devenus plus gourmands, plus denses et élégants en l’espace d’une quinzaine d’années, ce millésime tend à confirmer la tendance puisque très fruité et aimable en bouche. Le nez de château Poujeaux 2023 est intense sur des expressions de cassis, de violette intense, de pétale de rose rouge, le tout évoluant sur des notes de boîte à cigare. Le fruit est très frais et présente une certaine pureté qui donne une sensation de fraîcheur aromatique. La bouche possède une attaque franche. Le milieu de bouche est fin, enrobé sur un tramé tannique souple et élégant donnant une impression d’un ensemble équilibré. Le toucher du tanin est particulièrement délicat et donne beaucoup de profondeur à ce vin aux tanins parfaitement gainés. La matière est là, le boisé de l’élevage facilement digéré par cette matière première de grande qualité. La finale est persistante et rappelle un côté pierre à fusil décelé au nez avec une sensation globale de fraîcheur absolue. Un Poujeaux délicieux et qui ne manquera pas de bien vieillir pour les plus patients sans refuser aux plus impatients de le boire plus tôt, le vin ayant cette touche moderne propre aux grands vins d’aujourd’hui accessibles plus rapidement tout en laissant la possibilité de faire jouer pleinement la capacité de garde ; et ainsi, atteindre d’autres émotions plus profondes sur un vin plus évolué sous l’effet de la patine du temps.
1928-1929-1945-1947-1949-1953-1955-1959-1961-1975-1978-1982-1983-1985-1986-1988-1989-1990-1996-2000-2003-2005-2009-2010-2015-2016-2018-2019-2020-2022-2023