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Pomerol, France
3 route de Lussac
33500 Pomerol
France
+ 33 (0)5 57 51 17 96
Mythe absolu dans l’olympe des crus prestigieux de Bordeaux, et vin le plus cher de la planète avec le Domaine de la Romanée-Conti (DRC) en Bourgogne, Petrus n’acquiert pourtant sa réputation que tardivement dès 1945 avec sa propriétaire Madame Edouard Loubat puis dans les années 70 avec les Etablissements Jean-Pierre Moueix qui en deviendra l’unique propriétaire dans les années 90. Célèbre pour son vin quasi exclusivement élaboré avec le Merlot, sa quintessence est d’abord la signature d’un terroir froid aux argiles bleues. Produit à 30 000 bouteilles, le mythique Pomerol reste un vin très convoité et garant de promesses organoleptiques inoubliables.
Le domaine viticole, à la notoriété très tardive mais fulgurante au milieu du 20ème siècle est déjà situé sur le plateau de Pomerol à la fin du 18ème siècle. Propriété de la famille Arnaud depuis 1770, le domaine porte alors le nom de Petrus-Arnaud (en référence dit-on) à l’apôtre Pierre ou au premier Pape. Ce qui expliquerai que Petrus n’a jamais été écrit avec un accent et l’écrire avec est plus ou moins correcte, voire toléré. Le domaine restera longtemps propriété de cette famille Arnaud. Puis au début du 20ème siècle, Petrus passe entre les mains de M. Sabin-Douarre, ancien régisseur, qui en profite pour créer la « Société Civile du château Petrus ». Le mot château apparaît donc pour la première fois pour parler de Petrus même s’il est d’usage de mentionner Petrus seul, sans lui accoler la particule « château. », comme il en a toujours été question sur les célèbres étiquettes de Petrus. Ce qui est rare dans le bordelais, territoire viticole essentiellement agrémenté de châteaux de toute taille ou affublé du mot « château » même en l’absence d’un vrai château. En 1925, M. Sabin-Douarre décide d’ouvrir son capital à des investisseurs. C’est là qu’entre en scène Madame Edouard Loubat (hôtelière à Libourne et propriétaire de deux autres crus) qui acquiert une partie des parts de la société civile du château Petrus. Cette dernière en deviendra propriétaire unique en 1945 après un rachat total des parts sociales et après en avoir profité pour enlever le terme « château » à Petrus. Petrus ne mentionnera donc plus jamais sur ses étiquettes la mention château.
La renommée de Petrus – domaine qui avait assez bonne réputation à la fin du 19ème siècle, puisque considéré comme l’un des meilleurs crus de Pomerol derrière notamment le château Vieux Château Certan (son voisin) et le château l’Evangile - est alors en marche au lendemain de la seconde Guerre Mondiale. Et cela, grâce à la perspicacité de sa propriétaire. En effet, Madame Loubat comprend assez vite que la topographie du domaine présente un terroir assez froid nécessitant de vendanger plus tard que les autres, autrement dit deux à trois semaines plus tard : une condition absolue pour récolter des raisins à parfaite maturité, gage d’un grand vin. Cette analyse du vignoble n’était pas courant pour l’époque. Les vins produits vont alors progresser assez vite, gagnant en régularité, en profondeur et en finesse. A tel point que les vins de Petrus et sa propriétaire seront invités au couronnement de la Reine Elisabeth d’Angleterre en 1953. L’anecdote est de taille. Avec une telle médiatisation et une si forte visibilité, les vins de Petrus compteront désormais comme un des choix privilégiés sur les tables à la cour d’Angleterre et sur le marché anglo-saxon.
Mais un autre facteur accélérateur de notoriété va profiter à Petrus et ses vins : l’arrivée du négociant-éleveur, Jean-Pierre Moueix, grande figure corrézienne du négoce bordelais et de la viticulture Rive Droite, dont le négoce est installé depuis les années 30 quai du Priourat à Libourne, au bord de la Dordogne. C’est à cette période que Madame Loubat décide d’accorder aux Etablissements Jean-Pierre Moueix la distribution exclusive des vins de Petrus. Jean-Pierre Moueix va beaucoup conseiller Madame Loubat dans ses choix techniques et dans la stratégie des marchés à développer. Le duo assure alors l’accélération de la notoriété de la propriété et construisent de concert le mythe Petrus. Autre anecdote : Jean-Pierre Moueix réussira à introduire Petrus à la table des Kennedy à la Maison Blanche au tout début des années 60.
En 1961, Madame Loubat décède et ce sont ses neuveux, M. Lignac et Madame Lily-Lacoste-Loubat qui héritent des parts ainsi que Jean-Pierre Moueix. Ce dernier rachète progressivement les parts des neveux de Madame Loubat. D’abord en 1964 à M. Lignac puis en 1969 à Mme Lily-Lacoste-Loubat. Ainsi, Petrus devient pleinement la propriété des Etablissements Jean-Pierre Moueix en 1969. A cette époque, il fait doubler la surface plantée de Petrus avec cinq hectares de parcelles rachetés au château Gazin (autre voisin sur Pomerol). Le Mythe de Petrus se renforce notamment avec l’arrivée en 1964 d’un tout jeune œnologue basque mais qui deviendra très vite une grande figure par son talent, sa discrétion et son engagement pour Petrus : Jean-Claude Berrouet.
L’œnologue, grand amateur de l’ovalie (Rugby), est l’âme de Petrus et va signer de grands chapitres en élaborant pendant plus de quarante ans, de grands millésimes, permettant à Petrus de briller davantage sur la scène internationale et de conquérir de plus en plus d’amateurs (fortunés) de grands vins sur la planète.
En 2003, la grande figure qu’est Jean-Pierre Moueix décède. Le père des négociants Christian Moueix (PDG des Ets Jean-Pierre Moueix et de Jean-François Moueix, Président de la célèbre Maison Duclot) laisse à l’un de ses fils, Jean-François Moueix, le soin de reprendre pleinement la gestion de Petrus en en devenant propriétaire. Petrus est dirigé depuis 2011 par son fils, Jean Moueix.
De son côté, Jean-Claude Berrouet, après avoir présidé aux destinées de plus de quarante millésimes à Petrus, et pour mieux assurer la continuité tant à la vigne qu’au chai, transmet d’un commun accord avec la famille Moueix, le flambeau à son fils, l’œnologue Olivier Berrouet. Cette passation de pouvoir technique est faite en 2008, permettant à Jean-Claude Berrouet de s’adonner à son propre vignoble dans les satellites de Saint-Emilion puis à celui au Pays-Basque, toutefois sans jamais être avare de bons conseil ex-professo, si besoin en était, pour Petrus.
En 2018, coup de tonnerre dans le vignoble de Pomerol et pour l’histoire de Petrus. Alors que la propriété appartenait depuis près de 50 ans à la famille Moueix, 20% du domaine sont vendus à un investisseur américain d’origine colombienne, Alejandro Santo Domingo. Cet héritier - ayant fait fortune dans la bière mais avant tout grand amateur de vins et francophile - entre dans le capital du domaine. La propriété reste cependant majoritairement sous pavillon français.
L’on peut toujours s’étonner de la reconnaissance internationale tardive de Petrus. C’est un cas unique dans le monde des grands vins et surtout des illustres vins bordelais en particulier. Jamais un vin, dont l’excellence n’est pas le fruit de siècles de savoir-faire cumulé, n’a été une aussi grande success story que Petrus. Mais si Petrus n’est pas un cru historique de Bordeaux (contrairement à Cheval Blanc, Ausone, Haut-Brion, Latour, Lafite-Rothschild ou Margaux), son mythe n’est pas la résultante exclusive du travail et de l’implication de Madame Loubat, de Jean-Pierre Moueix et de Jean-Claude Berrouet. Son succès, il le doit d’abord à la qualité intrinsèque de ses parcelles et de ses Merlot âgés qui retranscrivent à merveille le goût du lieu.
Petrus possède 11,3 hectares parfaitement situés au sommet du plateau de Pomerol. Son trésor, c’est son terroir exceptionnel avec des sols très singuliers. Des argiles noires très anciennes, parfois bleues mais d’abord des argiles gonflantes et profondes qui reposent au centre du plateau, sur un lit de crasse de fer. L’action des argiles est essentielle : elle emmagasine l’eau, telle une éponge, pour la restituer quand la vigne en a besoin durant les périodes de sécheresse. Ainsi, la vigne n’est jamais en souffrance et les cépages trouvent la fraîcheur essentielle à leur maturation. Le Merlot (présent pratiquement à 100%), dont les vignes sont âgées de plus de quarante ans, s’y plait à merveille et permet d’élaborer des vins de toute beauté. Olivier Berrouet, l’homme des vinifications de Petrus, tout comme le fut son père Jean-Claude Berrouet s’est saisi de la complexité du terroir au point d’avoir encourager un nouveau cuvier pour des vinifications parcellaires plus justes avec des extractions toujours douces, tout en permettant d’affiner les vins et de gagner en précision. Avec ces travaux de rénovation réalisés en 2014, Petrus est plus que jamais paraît pour le 21ème siècle pour continuer à faire briller le mythe.
Vin assurément mythique de Pomerol et incarnant le raffinement à travers le monde viticole, Petrus est à juste titre le plus grand vin de la Rive Droite, peut-être même du bordelais tout en étant à l’égal de la grandeur et de l’excellence d’autres crus exceptionnels et plus historiques que comptent à la fois Saint-Emilion et ses Premiers Crus Classés A ainsi que les Premiers Crus Classés en 1855 de la Rive Gauche (le Médoc). Certes, sa réputation prestigieuse dépasse les frontières de l’Hexagone mais sa faible production (30 000 bouteilles) agit aussi sur les marchés. Il n’est pas facile de faire face à une demande plus abondante que l’offre. Il y a un effet mécanique. Tout comme la DRC, le Domaine de la Romanée-Conti en Bourgogne, situé en Côte de Nuits, Petrus donne naissance à un vin de rêve que de très nombreux amateurs et collectionneurs veulent s’arracher. Il est « malgré lui » d’emblée dans la catégorie des vins de prestige, telles des toiles de Maître sur le marché de l’art, c’est-à-dire hors de portée, à des prix stratosphériques. Mais le déguster une fois dans sa vie est un privilège rare dont il ne faut en aucun cas bouder son plaisir quand l’occasion de présente. Question de décence car le Petrus est magistral par sa précision, sa fraîcheur, sa tension, sa finesse, sa délicatesse pour ainsi dire sa retenue, à l’image de la discrétion propre à la famille Moueix et le non ostentatoire de l’architecture de Petrus (maison de poupée) qui a toujours fait figure de petit jardin à taille humaine. Ici, l’essentiel est au terroir, pas dans le démonstratif tape à l’œil. Petrus est un vin de classe sans vouloir donner des leçons. Un vin humble mais à l’âme immense.
Si certains millésimes par le passé paraissaient manquer d’envergure, eu égard à la réputation du cru, Petrus compte énormément de réussites même dans les millésimes compliqués dits « millésime de vigneron », voire des millésimes « classiques ». C’est là l’avantage d’un terroir qui prend le dessus en toute circonstance, rattrapant les carences de la nature sur certaines années comme en 2007, 2011, 2012, 2013, 2014, 2017 : la viticulture n’est pas une science exacte, surtout quand Dame nature peut parfois jouer de mauvais tours piégeant les viticulteurs comme s’ils ouvraient « la boîte de Pandore. » En revanche, sur les années plus « faciles », Petrus promet le graal et l’atteint. Pour ne parler que de millésimes assez récents, citons 1995, 1998, 2000, 2003, 2005, 2009, 2010, 2015, 2016, 2018, 2019, 2020, 2022, 2023.
Petrus est un vin inimitable par sa dimension et son raffinement. Un vin évoluant crescendo, comme un cadeau que l’on attend, lorsqu’on le respire et qu’on l’a longuement en bouche.
Dans ce millésime mythique, Petrus donne ici la mesure de sa noblesse et de sa réputation légendaire. De couleur profonde à encre, le nez d’une grande densité aromatique laisse progressivement s’exprimer des fragrances de myrtilles, de confiture de prune, de bonbon à la violette, de mine de crayon (un côté presque graphite), de tapenade d’olive noire un tantinet mélangée à une expression de truffe du Périgord. Ca n’en finit pas. En bouche, le vin - qui montre une certaine puissance en terme de poids de vin – présente une belle colonne vertébrale de tanins soyeux comme du taffetas, avec une sensation de dynamique, de fraîcheur, le tout enrobé d’un fruit persistant en finale. C’est sensuel avec beaucoup d’énergie et de droiture, sans souffrir d’un excès d’alcool. La fraîcheur domine de l’olfaction à la dégustation. Un Petrus racé et d’une grande capacité de garde dans un millésime qui emmènera Petrus dans la catégorie des millésimes d’anthologie.
1923-1928-1929-1945-1947-1949-1953-1959-1961-1982-1988-1989-1990-1995-1998-2000-2003-2005-2009-2010-2012-2015-2016-2018-2019-2020-2021-2022-2023