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Burgundy, France
1, place de l’Eglise
21700 Vosne-Romanée
France
+33 (0)3 80 62 48 80
Domaine de la Romanée-Conti, l’icône de la Bourgogne mondialement enviée.
Vin le plus cher de la planète et le plus convoité dans les ventes aux enchères, véritable graal pour les dégustateurs avertis en quête des vins de ce domaine prestigieux, une conquête parfois vaine tant les vins sont rares car produits en quantité infime, la Romanée-Conti caracole en tête des mythes du vin. Il est le Mythe et le plus grand ambassadeur des vins français à travers le monde. Incarnant la perfection de la Bourgogne et une certaine idée du raffinement en bouteille tout comme de l’esthétique du vin, la Romanée-Conti, naguère propriété du Prince Louis-François de Bourbon-Conti, est aussi l’histoire de deux grandes familles du vin, les Leroy et les De Villaine, qui de concert cogèrent depuis 1942 ce monument du vin dédié à la quintessence du Pinot Noir.
Le plus célèbre des domaines bourguignons est situé sur la route des grands crus à Vosnes-Romanée, au cœur de la Côte de Nuits en Côte d’Or. Issu du prieuré de l’abbaye de Saint-Vivant au Xème siècle (précisément en 900) créé par Mannassés, Sire de Vergy, ce domaine affiche 1500 ans d’histoire derrière lui. Les premières vignes du « Cloux des cinq journaux », nom donné à l’époque avant que le nom de Romanée-Conti n’apparaisse tardivement (puisque cela n’arrivera qu’à la fin du XVIIIème siècle) sont plantées par les prieurs au cours du XIIIème siècle, en 1241. Le prieuré est d’ailleurs rattaché à la fameuse Abbaye de Cluny. La célébrissime parcelle en question de 1,8 hectares, plutôt devrions-nous dire le « climat » (en somme, une parcelle de vigne strictement délimitée) - et qui n’a pas bougé depuis sa création au Moyen-Âge - est connue dès 1512 sous la mention de « Cloux des cinq journaux » et deviendra « Cros des Cloux » qui connaîtra plusieurs propriétaires (« cloux » désignant en ancien français la notion de « clos »). En 1651, la mention « Romanée » apparaît enfin pour désigner la fameuse parcelle de Pinot Noir. Il faudra cependant attendre plus d’un demi-siècle avant que le terme de « Conti » n’apparaisse dans le nom de la parcelle.
En 1760, l’emblématique vigne est disputée à la célèbre Madame de Pompadour par un Prince, le Prince Louis François de Bourbon, « Prince de Conti » (un Bourbon, donc de la branche de Louis XIV). La Romanée jouissant déjà à cette époque d’une forte renommée, le Prince de Conti l’achète au prix fort (dix fois le prix de celui du fameux Clos de Bèze, dit-on). Par la suite, soit trois ans après son premier achat, le Prince de Conti fait l’acquisition de deux autres parcelles limitrophes. Il en profitera pour doter pour la première fois le vignoble de ses propres bâtiments en construisant des logements pour le personnel et une cave pour les vinifications et le vieillissement des vins. Ces infrastructures sont en partie encore visibles aujourd’hui (acquises par la Société Civile de la Romanée-Conti en 1977) et constituent un corps de bâtiments très discrets (mais avant tout fonctionnel) dans le petit village de Vosne-Romanée, juste à côté de sa petite église, rue du Temps perdu. A la mort du Prince de Conti, c’est son fils Louis François-Joseph de Bourbon qui lui succède mais ce dernier ne va pas garder la propriété longtemps puisqu’il est fait prisonnier dès 1773 au Fort Saint-Nicolas à Marseille. En 1776, à la mort du Prince de Conti (père), le nom de Romanée-Conti apparaît officiellement sur le cadastre.
A la Révolution française, le domaine et son vignoble (Romanée-Conti et Romanée Saint-Vivant) sont confisqués par les révolutionnaires et la Romanée-Conti devient bien national, la jeune République mettant alors la main sur un joyau qu’elle qualifie « le plus excellent de tous les vignobles de la République. » Un véritable trésor de guerre.
Vers 1794, en pleine Terreur, après que la Romanée-Conti ait été expertisée deux fois, le domaine est vendu à un ingénieur et économiste, Nicolas Defer de la Nouerre. Le 22 septembre 1819, la propriété est rachetée par un dénommé Julien-Jules Ouvrard qui deviendra plus tard député de la Côte d’Or. En 1830, le vin est élaboré au fameux Clos de Vougeot, situé à quelques encablures de la Romanée-Conti. Puis le célèbre domaine revient aux neveux de Julien-Jules Ouvrard quand ce dernier décède le 22 juin 1861. Mais les neveux vont revendre la Romanée-Conti quelques années plus tard, le 7 août 1869 à Paul Guillemont qui le cède aussi vite qu’il ne l’a acquis le 25 novembre 1869 à Jacques-Marie Duvault Blochet. Ce dernier réalise à 79 ans un rêve fou, autant dire celui d’une vie. Ce nouveau propriétaire n’est pas un novice puisqu’il posséde déjà des parcelles en Gaudichots Richebourgs, Echézeaux et Grands-Echézeaux. Il mourra le 23 février 1874.
Il faut savoir que le personnage est aussi l’auteur d’un livre remarquable, un traité du vin « De la Vendange » regroupant pas moins 53 années d’études (53 millésimes) d’expérience et de comparaison sur la Romanée-Conti et les vins de Bourgogne. Il ne reste qu’un seul exemplaire original à la bibliothèque municipale de Dijon. Mais cet ouvrage sera réédité en 2002 par ses descendants, Aubert de Villaine et Henri-Frédéric Roch, cogérants de la Société Civile de la Romanée-Conti. Le personnage est si connu pour ses contributions à la Bourgogne que la Romanée-Conti sortira une cuvée à son nom et sera vinifiée pour la première fois en 1999 en Vosne-Romanée 1er Cru, la cuvée se nommant « Duvault Blochet. » Un bel hommage !
Dans la seconde décade du 20ème siècle, en pleine Troisième République, un certain Edmond Gaudin de Villaine rachète avec Jacques Chambon en 1912, les parts de la Romanée-Conti. Puis la Grande Guerre éclate. En 1933, alors que les effets de la « Grande Dépression » (« Jeudi Noir » d’octobre 1929) se font encore ressentir sur l’économie mondiale, la Romanée-Conti se dote d’un nouveau climat « La Tâche Joly de Bévy. » Le joyau de la Bourgogne, certes déjà connu aux siècles derniers comme nous l’avons expliqué, va connaître ici un destin brillant et une notoriété écrasante jamais atteinte auparavant, au point d’affoler plus tard dès la fin des années 70, les compteurs en salles des ventes pour ses adjudications : en effet, la Romanée-Conti fait régulièrement l’objet de ventes aux enchères de prestige à l’international à des prix stratosphériques, du fait de sa petite production (à peine 6000 cols par an), de son prestige et de sa réputation inégalée. Ce développement fulgurant est sans conteste le fruit de deux grandes familles bourguignonnes.
Ce changement de cap est assuré dès le début de la seconde guerre mondiale par la création d’une Société Civile de la Romanée-Conti. La Société Civile est ainsi contrôlée par un conseil de surveillance avec un représentant de chaque famille et une cogestion par deux membres associés-gérants de chacune des familles. La première est la famille De Villaine. La propriété avait été transmise aux De Villaine par l’intermédiaire de l’arrière-petite-fille de Jacques-Marie Duvault Blochet, Dominique Chambon (épouse d’Edmond Gaudin de Villaine). La deuxième famille est les Leroy qui, par l’entremise d’Henri Leroy (3ème génération) – le père de la « Grande Dame de la Bourgogne », Lalou Bize-Leroy - va acquérir la moitié des parts de la Romanée-Conti en 1942 après que Jacques Chambon lui ait cédé ses parts.
Depuis cette date, la Romanée-Conti a été contrôlée notamment par Henri de Villaine et Pauline Roch (sœur de Lalou Bize-Leroy) de 1990 à 2000 puis par Henri de Villaine et Perrine Fenal (la fille de Lalou Bize-Leroy) de 2000 à 2018. Depuis cette date, c’est Henri de Villaine et Isabelle Roch (fille de Pauline Roch disparue en 2009) qui sont au Conseil de surveillance.
Côté codirection, c’est d’abord Aubert de Villaine et Lalou Bize-Leroy qui ont de concert cogéré la propriété de 1974 à 1991 (Lalou Bize-Leroy ayant quitté la cogestion en 1992 tout en restant actionnaire à hauteur de 25 pourcents des parts). Aubert de Villaine cogère par la suite la propriété avec Charles Roch (fils de Pauline Roch) mais ce dernier décède en 1992 et c’est son frère Henri-Frédéric Roch qui prend la suite. Mais suite au décès prématuré de ce dernier fin 2018, c’est sa cousine Perrine Fenal qui le remplace pour assurer cette fois-ci la cogérance, elle qui avait d’abord occupé la coprésidence du Conseil de surveillance de 2000 à 2018.
Enfin, à la suite du très médiatisé départ en retraite d’Aubert de Villaine à l’âge de 83 ans (plus de 50 ans à la Romanée-Conti), pour une transmission tout en douceur, c’est son neveu Bertrand de Villaine, âgé de 49 ans (déjà impliqué dans la propriété depuis 2008 après être passé par la vigne, la cave et la gestion administrative) qui lui succède en décembre 2021.
Concernant Aubert de Villaine, lui qui ne s’était pas initialement destiné à reprendre la cogestion du célèbre domaine (il se serait imaginé plutôt enseignant après avoir entrepris des études en littérature en en droit), il est entré à la Romané-Conti en 1965 à l’âge de 25 ans pour rejoindre son grand-père Edmond Gaudin de Villaine et son père, Henri Gaudin de Villaine, alors gérant de la Romanée-Conti de 1950 à 1974. Qu’est-ce qu’il lui a fait changer d’avis dans son « plan de carrière » ? Le fait d’être de droit comme de fait un héritier d’un domaine avec le sentiment de ne pas pouvoir échapper à son destin pour contribuer à assurer la destinée du domaine iconique ? Pas tout à fait ! C’est une rencontre et non des moindres : celle avec le célèbre américain californien Robert Mondavi (Opus One) alors qu’Aubert est aux Etats-Unis depuis neuf mois pour travailler notamment pour Frederick Wildman & Co (l’importateur exclusif de la Romanée-Conti aux USA). Le « pape du renouveau des vins californiens » avec sa vision moderne de la viticulture aurait subjugué Aubert, lors d’une interview journalistique menée par lui, qui voit ici quelques principes outre Atlantique à rendre compatibles avec la tradition viticole du vieux continent. Fort de cette rencontre, et rappelé par son père pour le rejoindre à la Romanée-Conti, Aubert de Villaine rentre des Etats-Unis et intègre la Romanée dès l’année suivante. Ce dernier a l’intime conviction, par son passage par les USA, comme il le dira plus tard : « d’avoir eu un œil neuf sans être encombré par un passé. »
En 1974, aux côtés de Lalou Bize-Leroy (4ème génération et représentante de la deuxième famille dans la cogestion), Aubert de Villaine devient le co-gestionnaire de la propriété avec l’intention d’apporter de nouvelles choses aux bénéfices du célèbre domaine bourguignon. L’une de ses ambitions va compter énormément dans le futur du domaine : parvenir à refaire des vins du calibre de ceux que la Romanée-Conti savait proposer avant la date clé de 1945 ; c’est-à-dire, des vins issus des vignes historiques, « franc-de-pied » de Pinot Noir (un véritable trésor et gardien de l’histoire du grand Pinot Noir pré-phylloxérique), donc les plants originels de la parcelle mythique (que l’on reconnaît par la plaque dominée par la célèbre croix (le calvaire. Cette parcelle est exposée au levant (la meilleure des expositions) et dotée d’une pente idéale (donc d’un bon drainage) et le vin qui y est produit transpire comme nul par ailleurs, le goût d’un terroir d’exception.
Pour l’anecdote, Aubert de Villaine avait eu l’occasion et la chance de déguster des vieilles Romanée-Conti de 1910 jusqu’à 1945. Quelle est la fameuse parcelle modèle en question qui aura tant inspiré Aubert de Villaine dans son projet ? C’est le climat historique « le Grand Cru Romanée-Conti », inchangé au niveau de la superficie depuis 1580. Ce « Monopole » - puisqu’appartenant exclusivement depuis les débuts à la Romanée-Conti – est une parcelle d’1 hectare, 80 ares et 50 centiares. Aubert de Villaine expliquera que la vigne en question avait réussi à conserver plus longtemps que les autres parcelles ses plants originels non greffés, alors que le phylloxéra avait fait des ravages dans toute la Bourgogne (comme dans toute la France viticole et l’Europe viticole) à la fin du 19ème siècle. Là où les autres vignes avaient été progressivement remplacées par des plants greffés (vitis vinifera sur porte-greffes américains insensibles au phylloxéra), celles de La Romanée résistaient toujours et on ne voulait pas l’arracher car c’était un véritable patrimoine génétique et la signature unique de la Romanée-Conti. Mais en 1946, alors que la vigne originelle avait été maintenue jusqu’en 1940 grâce à des traitements au sulfure de carbone (traitement devenu impossible à faire pendant l’occupation allemande car le produit ne se trouvait plus), le grand-père d’Aubert de Villaine et Henri Leroy ont dû se résoudre à l’arracher et à la replanter car elle était épuisée : elle ne produisait plus que deux « pièces » (soit 456 litres de vin au total) en 1945. Une fois les vignes replantées, dieu merci à partir des greffons des autres vignes qu’avait donné la vigne originelle (comme une filiation de mère à fille comme une « sélection massale »), Aubert de Villaine et ses équipes allaient pouvoir reproduire bien plus tard - car de 1946 à 1951, la Romanée-Conti ne produisit plus aucun millésime sur le Grand Cru - des vins d’une grande féminité et d’une intense finesse à l’instar des anciennes Romanée-Conti avant 1945 car là fut toujours l’ambition d’Aubert de Villaine.
Le vin de la Romanée-Conti est une œuvre d’art, aussi précieuse et rare qu’une toile de maître ayant réussi à traverser les siècles. Pourtant, aussi curieux que cela puisse paraître, l’inaccessibilité des vins de la Romanée-Conti, par le prix moyen auquel s’affiche les bouteilles (des milliers d’euros), n’a pas toujours permis au domaine et à ses héritiers de vivre correctement de ce dur labeur et des lourds investissements, du moins jusqu’à 1971 inclus, pour hisser les vins au panthéon du nec plus ultra bachique. Aubert de Villaine, lorsqu’il rejoint son grand-père et son père en 1965, reconnaît qu’à cette époque, la Romanée-Conti ne faisait toujours aucun bénéfice et perdait même de l’argent, chose encore plus vraie dans les années 30. Pour l’anecdote, c’est l’activité agricole des fermes de son père dans l’Allier - Henri Gaudin de Villaine, alors cogérant avec Henri Leroy – qui assurait la survie de la Romanée-Conti. Qui l’aurait cru ? Ce n’est finalement qu’à partir de 1972 que le prestigieux domaine a commencé à être rentable. Car depuis cette époque, les rares privilégiés à pouvoir obtenir les précieuses bouteilles du meilleur Pinot Noir au monde doivent en moyenne débourser 7000 euros, les prix très élevés s’expliquant notamment par la micro production disponible chaque année (environ 300 à 500 caisses, soit 6000 à 7000 bouteilles pour le monde entier). Certaines années, comme 1983 par exemple, la Romanée-Conti n’avait pu produire que 700 bouteilles). Il faut savoir d’ailleurs à ce sujet qu’une bouteille de La Romanée-Conti (le Monopole) peut coûter de 10 000 à 15 000 euros la bouteille, selon le millésime mais qu’il n’était d’ailleurs pas possible, pendant des décennies, d’obtenir seule à l’achat, quand bien même le client n’en voulait qu’une, puisque l’achat « par allocation » se fait directement de la propriété. En effet, la Romanée-Conti a très tôt mis en place un système de réservation avec des listes d’attente inévitables qui peuvent parfois concernaient deux années d’attente, voire plus, le prestigieux vin étant sollicité au maximum par les clients amateurs ou professionnels les plus fortunés. Une seule règle, concernant l’achat des vins, a longtemps prévalu pendant plusieurs décennies : l’obligation de souscrire à une caisse panachée (environ 7000 euros) incluant les autres Crus (d’excellence) du Domaine pour prétendre obtenir le graal. Ainsi, en plus de la bouteille mythique avec son exceptionnel terroir La Romanée-Conti (Monopole), le client privilégié a pendant très longtemps obtenu dans sa caisse (il n’avait donc pas le choix) La Tâche Grand Cru, le Richebourg Grand Cru, la Romanée Saint-Vivant Grand Cru, le Grands-Echézeaux Grand Cru, l’Echézeaux Grand Cru et le Corton Grand Cru. Désormais, il est possible de n’acheter qu’une seule bouteille de la Romanée-Conti ; un véritable événement qui mérite d’être préciser.
Le terroir du Grand Cru de La Romanée-Conti (« Monopole » qui fait l’objet de toutes les demandes et les convoitises les plus folles dans le monde entier) est constitué de Pinot Noir d’exception, à la pureté génétique rare, dont l’âge moyen des vignes est très élevé (environ 70 ans depuis la replantation en 1946). Cette parcelle d’1 hectare, 80 ares et 50 centiares - exposée sud sud-est (avec un ensoleillement idéal) et située à une altitude moyenne de 200 à 300 mètres, avec des pentes assez abruptes - est faite d’un sol pierreux, mélange d’argile et de calcaire. Cette pédologie permet un très bon drainage naturelle grâce à sa topographie et la nature des sols. Dans cet environnement idéal, la Romanée-Conti exprime dans ses vins, grâce à la qualité exceptionnelle et la manière dont réagit le Pinot Noir, toutes les nuances de son microclimat ; ce qui explique le caractère unique, la richesse, la grandeur et la complexité du vin mythique qui y est produit. Pour résumer, comme le dirait Aubert de Villaine, c’est l’union sacrée du terroir, du climat et de la tradition.
Tout se fait ici dans la plus pure tradition, une extrême précision et avec un sens du détail rarement rencontré. Ainsi, les équipes prennent soin mètre carré par mètre carré de chaque souche de la vigne, coupent la moitié des raisins pour favoriser la concentration de la matière première (ce qui entraîne de très faibles rendements dont on dit qu’ils sont la moitié de ce que pratiquent les autres producteurs voisins de la DRC). Chaque vendange se fait manuellement avec un tri des grappes grain par grain avant d’arriver au cuvier pour être peu ou pas égrappées. Les vinifications et les élevages (sous la responsabilité d’Alexandre Bernier, le maître de chai) se déroulent avec précision (dans le respect des expressions du terroir) dans un cuvier et un chai qui, contre toute attente, sont non ostentatoires alors que la réputation et les moyens financiers du domaine pourraient laisser entendre le contraire. Non, la DRC veut du fonctionnel et préfère depuis tout temps jouer la discrétion et l’humilité. Quant à l’élevage des vins, il relève d’un véritable travail d’orfèvre, donc de précision. Le vin est entonné pour être élevé 18 mois en barriques neuves renouvelées chaque année. Les acheteurs chanceux, une fois leur bouteille de La Romanée-Conti reçue, devront quand même idéalement attendre à minima dix années avant de commencer à déguster leur précieux nectar. 10 ans, c’est un minimum pour s’assurer de boire le vin à parfaite maturité et d’être en mesure d’apprécier toutes les nuances du terroir-climat du grand cru de la Romanée-Conti sachant que le vin peut vieillir, selon le millésime, 20, 30, 40 ans voire au-delà. Les autres Grands Crus de la DRC exigent aussi de savoir les attendre un peu car la DRC ne produit que des grands vins de garde et c’est un fait incontestable.
Pour appréhender les Grands Crus de la Romanée-Conti, il faut aussi comprendre les vins que le secteur de l’appellation Vosnes-Romanée est à même de produire. Dans ce village proche de la commune de Vougeot, qui regroupe à lui seul, pas moins de huit Grands crus, les vins généralement produits allient l’harmonie, la finesse, la richesse et la complexité du Pinot Noir, dans des expressions variées selon les Grands crus en question.
Pour mémoire, La Grande Rue, La Romanée-Conti, la Tâche sont « Monopoles » de la DRC.
La Romanée-Conti.
Concernant La Romanée Conti, ce climat, qui est aussi une appellation exclusivement propriété de La Romanée-Conti (au même titre que Château Grillet en Vallée du Rhône Nord ou de la Coulée de Serrant dans la Loire) possède une complexité aromatique, de la race, une intensité, une suavité et une énergie gustatives des plus somptueuses. Son vin évoque souvent les épices, le cuir, la truffe, la violette et la rose séchée. La plus fine et plus complexe interprétation du Pinot Noir dans le monde.
Notez que la Romanée Conti n’est pas à confondre avec un autre climat très réputé mais situé plus en hauteur de la célèbre parcelle de la DRC, le vignoble « climat » de La Romanée. Cette parcelle de 85 ares (environ 4000 bouteilles à peine) produit, dans un cadre privilégié, un Pinot Noir sur sol limono-argileux avec du calcaire friable. Car le climat « La Romanée » est un autre Monopole mais qui appartient à la famille Liger-Belair depuis 1976 et exploité par le très apprécié et reconnu Domaine Comte Liger-Belair (situé à Nuits-Saint-Georges)
La Tâche.
Autre « Monopole » très réputé dès le 17ème siècle et qui compte beaucoup dans la gloire de la Romanée-Conti, le célèbre climat La Tâche. Ce « petit » vignoble compte pas moins de 6,06 hectares. Mais il fut d’abord, et à l’origine, propriété des moines avant d’appartenir à diverses familles comme au 18ème siècle, les Joly de Bévy (avant que ce vignoble ne leur soit confisqué à la Révolution). C’est au début du 20ème siècle que La Tâche change significativement de main avec la famille Liger-Belair (voir le Domaine Comte Liger-Belair) et ce, jusqu’en 1933 au moment où la Romanée-Conti en devient à son tour le propriétaire exclusif. Ici sont produites chaque année environ 20 000 bouteilles. Le vin est d’une régularité exemplaire et ce, quel que soit le millésime (exceptionnel, très grand, grand, très bon même « moyen »). Lorsque le climat La Romanée-Conti ne produisit plus de millésime de 1945 à 1951 (en raison de l’arrachage des vignes pré-phylloxériques devenues trop fragiles et poussives à la production), c’est le climat La Tâche qui permis à la DRC de proposer du vin sur les marchés notamment sur les millésimes 1950 et 1951. Le style du vin est d’une grande finesse, avec beaucoup de concentration et de soyeux en bouche sur des arômes intenses d’épices, de fruits noirs, de truffe, de rose rouge. Quoique différent, il se rapproche du célèbre climat La Romanée-Conti. Un vin très recherché !
La Romanée Saint-Vivant.
Vient ensuite La Romanée Saint-Vivant Marey Monge rachetée par les associés de La Romanée-Conti en 1988. Il est bon de rappeler que la Romanée Saint-Vivant est le plus vaste des huit grands crus que compte l’appellation Vosnes-Romanée (9,44 hectares). Pour l’anecdote, le vignoble porte le nom des moines de Saint-Vivant (un monastère fondé vers 900 non loin de Nuits-Saint-Georges). La Romanée-Conti n’est pas la seule à posséder des vignes sur ce Grand Cru puisque La Maison Louis Latour, la Maison Albert Bichot, le domaine de L’Arlot, le domaine Confuron Jean-Jacques, le domaine Follin-Arbelet, Arnoux-Lachaux, la Maison Chanzy, le domaine Poisot Père & Fils et d’autres y exploitent aussi le Pinot Noir. Sur ce climat, la DRC produit une Romanée-Saint-Vivant aux arômes singuliers mêlant à la fois les fruits noirs intenses, les fleurs séchées, le tout mêlé d’épices (le poivre, la cannelle, le clou de girofle). Le Pinot Noir, sur ces sols bruns calcaires qui ont une matrice argileuse, donne du caractère aux vins avec une certaine puissance mais dans la retenue, c’est-à-dire, sans débordement.
Le Richebourg.
L’ensemble du vignoble Richebourg s’étend sur 8,03 hectares et peut produire jusqu’à 40 000 bouteilles (c’est peu et c’est beaucoup à la fois en comparaison de ce qui est produit à La Romanée-Conti et ses 5 à 6000 bouteilles par an). La pédologie de ce climat Grand Cru est composée d’un sol calcaire sur une matrice argileuse assez abondante incitant les vignes à aller en profondeur. Richebourg est partagé entre une douzaine de propriétaires dont le domaine de La Romanée-Conti, le domaine Leroy, le domaine Meo-Camuzet, la famille Gros avec le domaine Gros Anne et le domaine Gros frères et sœurs, le domaine Mongeard-Mugneret, le domaine Gerbet François ou encore le domaine Liger-Belair Thibault. D’ordinaire, les vins produits sur ce climat d’exception – qui ne sont pas sans rappeler un peu ceux produits sur La Tâche (tout en conservant leur caractère propre) - sont somptueux, racés avec une solide charpente sans manquer de puissance et surtout de charme sur des arômes de fruits noirs, mûrs ou confits avec des notes d’humus, de cuir, voire de gibier. Ils sont longs et vieillissent parfaitement. Il faut savoir les attendre. Mais le Richebourg made in Domaine de la Romanée-Conti joue un peu dans une catégorie différente (que pourrait lui disputer le domaine Méo-Camuzet, ce dernier étant aussi très doué avec son vin en Richebourg) si l’on tient compte de sa concentration époustouflante. Cette différence est liée sûrement à une approche de vinification et d’élevage très perfectionniste que le domaine de la Romanée-Conti applique à tous ses Grands Crus, « Monopoles » ou non.
Grands-Echézeaux et Echézeaux.
Ces deux Grands Crus, rattachés à la commune de Flagey-Echézeaux et non de celle de Vosnes-Romanée (comme c’est pourtant le cas pour les six autres Grands Crus) sont limitrophes des parcelles du célèbre Clos de Vougeot.
Grands-Echézeaux est un climat de 9,14 hectares alors qu’Echézeaux est bien plus vaste avec ses 36,36 hectares. Ici, on y produit des vins très aromatiques (notes épicées, notes florales, notes empyreumatiques) avec des bouches harmonieuses aux tanins fins et des longueurs en bouches étonnantes. Moins intenses (puissance) que les vins de La Tâche ou de Richebourg, Echézeaux et Grands Echézeaux sont cependant une autre belle vitrine du savoir-faire du Domaine de la Romanée-Conti comme des autres producteurs qui y officient à l’instar du Château de Marsannay, de la Maison Louis Jadot, de la Maison Joseph Drouhin, du Domaine du Comte Liger-Belair, du Domaine des Perdrix, du Domaine Mongeard-Mugneret, de la Maison Bouchard Père et Fils, etc.