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Pessac-Léognan,Bordeaux, France
Château Smith Haut-Lafitte Route Jean de Ramon
33650 Bordeaux Martillac
France
+33 (0)5 57 83 11 22
Domaine viticole dès 1365, ce Grand Cru Classé de Graves a la réputation d’être le « plus Graves des Graves », selon l’expression consacrée, à cause de ses parfums de fumée dans ses vins rouges, expression lui venant de son sol graveleux et de ses pierres semi-précieuses qui jonchent le sol du vignoble. Au XVIIIème siècle, le château flanqué de sa splendide chartreuse, est propriété d’un navigateur Ecossais, George Smith. Celui-ci fera connaître ses vins jusqu’en Angleterre amorçant la réputation du cru. En 1990, un couple d’anciens champions de ski français et fondateurs des magasins Go Sport et Casino, Florence et Daniel Cathiard, rachète la propriété. Le couple néo-vigneron va très vite redresser la propriété, la développer avec fulgurance et ancrer solidement la réputation des vins. En moins de 20 ans, Smith Haut-Lafitte se hisse alors au sommet rejoignant les meilleurs vins de l’appellation, du bordelais et des vins de dimension internationale.
Basé au coeur de l'appellation de Pessac-Léognan, sur la commune de Martillac, le château Smith Haut Lafitte est un cru classé de Graves depuis 1959. Surnommé un jour "plus Graves des Graves" par Bernard Ginestet (ancien maire de Margaux et ancien propriétaire de château Margaux jusque dans les années 70), en raison de son importante constitution sur ses sols, de graves dites "gunziennes" (période du quaternaire), le cru est d’une singularité exemplaire.
Cette propriété de 87 hectares, dotée aujourd’hui d’un vignoble de 78 hectares, démarre son histoire au 14ème siècle, plus exactement dès 1365 lorsque Verrier du Bosq signe l’acte de propriété de quelques « arpents » de vignes. Nous sommes alors encore aux temps des croisades, ce qui expliquera la présence des fleurs de lys ornant le blason de la propriété, visible encore aujourd’hui sur les drapeaux et dans les chais de Smith Haut-Lafitte.
Ce domaine viticole ne tardera pas à être connu pour passer pour le « plus Graves des Graves », selon l’expression consacrée, à cause de ses parfums de fumée dans ses vins rouges, expression de son sol graveleux et à ses pierres semi-précieuses qui jonchent le vignoble, une caractéristique pédologique dont beaucoup de crus de l’appellation Pessac-Léognan peuvent également se revendiquer.
Puis, la famille Verrier, propriétaire de la maison noble du Bosq, exploite un vignoble au lieu-dit « Lafitte. »
Au XVIIIème siècle, la propriété devient le bien d’un navigateur écossais, George Smith, qui s’y installe. Il fait construire la splendide chartreuse que l’on connaît encore aujourd’hui et va considérablement développer la partie commerciale des vins en Europe et jusqu’en Angleterre. Le développement commercial mis en place par George Smith permet de construire progressivement la réputation du cru en dehors des frontières de la France. Par ailleurs, c’est à cette époque que le nom de Smith Haut-Lafitte devient officiel, le 29 juin 1720 précisément. En effet, l’écossais accole son nom à celui de l’une des meilleures parcelles du château (« Haut-Lafitte ») pour renommer le tout en Smith Haut-Lafitte. Au XIXème siècle, en 1842, la propriété est transmise (par héritage) au maire de Bordeaux, le compte Lodi Duffour-Dubergier, qui acquiert le château par sa mère, Marie-Françoise du Bergier. Le maire de Bordeaux et président de la Chambre de Commerce et d’industrie de Bordeaux est un passionné de vin. Il va beaucoup s’investir pour faire encore plus grandir la notoriété et la qualité des vins. Grâce à son implication et ses efforts, le vin de la propriété sera élevé au rang de « Grand Cru Exceptionnel. » Le château est par la suite transmis en 1882 à Sylvio Duffour.
En 1902, la maison de négoce bordelaise Louis Eschenauer devient le revendeur exclusif des vins de Smith Haut-Lafitte. En 1906, la propriété devient allemande en étant rachetée par une société de négoce de vins de Brême, la maison Reidemeister & Ulrichs. Mais la guerre éclate et l’Etat français confisque ce bien allemand dès 1914. A partir des années 1920, la maison de négoce Louis Eschenauer obtient un fermage sur le vignoble de Smith. Le château change de mains en 1933 avec Charles Paris, trésorier payeur général de l’Indochine.
Smith Haut-Lafitte est revendu en 1958 à la grande figure du négoce bordelais, Louis Eschenauer qui, commercialisant déjà en exclusivité les vins de Smith depuis des décennies via sa maison de négoce, décide d’acheter à Charles Paris le cru. Lorsqu’il achète Smith, la propriété est en excellent état et les vins jouissent d’une très belle réputation grâce aux propriétaires successifs qui l’ont précédé. Le négociant bordelais décide malgré tout de procéder à quelques aménagements dont l’un des plus importants et bénéfiques pour les vins de Smith, la construction du fameux et splendide chai à barriques souterrain. Le vignoble bordelais ne compte pas énormément de châteaux à posséder, à cette époque comme encore aujourd’hui, des chais à barriques souterrains. Mais Smith Haut-Lafitte rejoint ainsi le cercle assez fermé des châteaux à en détenir un à l’instar notamment des châteaux Margaux et Lafite-Rothschild. En 1959, le classement des Crus Classés de Graves est créé. Smith est alors admis dans le classement pour ses vins rouges mais pas pour ses blancs secs.
Louis Eschenauer, qui a l’exclusivité de la commercialisation des vins de Smith Haut-Lafitte, va contre toute attente abîmer très vite la réputation de son propre cru en appliquant une politique productiviste pour abaisser les coûts de production. La conséquence est cinglante. Le niveau de qualité des vins dégringole et la réputation des vins du château et du château lui-même, que le classement des Crus Classés de Graves ne peut pas protéger, va connaître une longue traversée du désert par la faute du propriétaire. Le vignoble, se portant alors en 1986 à 51 hectares est progressivement laissé à l’abandon. Fin 1988, la maison de négoce de Louis Eschenauer est revendue par le conglomérat multinational Lonrho à un groupe anglais Brent Walker, groupe de vins et spiritueux, permettant au négociant anglais d’acquérir Smith Haut-Lafitte. Il en profite également pour faire l’acquisition d’un Grand Cru Classé en 1855 sur l’appellation Margaux, le château Rauzan-Ségla. Mais voilà ! Smith Haut-Lafitte n’aura pas fait long feu aux mains du négociant anglais qui préfère s’en séparer finalement fin 1990.
Le 29 janvier 1991, Smith Haut-Lafitte est vendu, après de longues tractations, à un couple grenoblois, la famille Cathiard, désireux de se lancer dans le vin (un monde inconnu à ce moment là pour Florence et Daniel Cathiard). La famille Cathiard était jusque là actionnaire majoritaire du groupe de distribution Genty-Cathiard possédant notamment les magasins Go Sport. En pleine capacité d’investir dans le cru classé dont ils sont tombés rapidement amoureux, après la vente de leur groupe à Rallye, Florence et Daniel Cathiard changent littéralement d’univers professionnel, arrivant à Bordeaux en néophytes du vin. Leur carrière n’est pas banale puisque tout avait commencé par une brillante carrière dans le sport de haut niveau (le ski) - tous deux furent champions de ski dans les années 60 – avant de se lancer par la suite dans les affaires familiales. La propriété n’est pas en bonne état, le vignoble non plus et la réputation des vins avait dégringolé à cause des choix faits par la maison Eschenauer. Mais peu importe ! Les Cathiard aiment les challenges et ont encore l’âme de grands compétiteurs. Le terroir de Smith est bien là et a conservé tout son potentiel. Il faut le réveiller à nouveau. Remettre à niveau ce cru classé en ruine ne leur fait pas peur, malgré la tâche colossale en perspective. Ils ont l’âme de battants et ils ont les moyens de leurs ambitions. Le couple ne connaît rien au vin mais curieux de tout, retourne sans complexe sur les bancs de fac pour se former à la viticulture et s’informe beaucoup en dévorant les livres spécialisés. Car ces néo-vignerons n’ont été finalement formés qu’à l’école de la grande distribution (un atout essentiel pour le commerce et donc des affaires) et celle de la communication (là-aussi un bel avantage pour gérer l’image de marque de Smith). Florence était d’ailleurs directrice d’une agence de communication à Grenoble après avoir travaillé en agence à New-York. Cette expérience va lui être très utile pour faire briller la marque Smith Haut-Lafitte. Daniel et Florence décident alors de s’entourer très vite des meilleurs experts, à commencer par le célèbre œnologue-consultant Michel Rolland qui devient le consultant maison comme le fut son illustre prédécesseur, le grand professeur Emile Peynaud agissant avant lui à Smith de 1981 à 1988.
Les Cathiard débordent d’énergie et d’idées, ne lésinant pas sur les moyens financiers pour atteindre leurs objectifs. Les chantiers sont nombreux pour redresser cette « belle endormie. »
Leur vision est holistique puisqu’à la production de vins va se mêler le bien-être avec les soins du corps et la création des fameux soins Caudalie (marque internationalement reconnue aujourd’hui). Une idée de génie ! C’est leur fille aînée Mathilde qui en est à l’origine. De cette fameuse crème, et dans une logique implacable pour une offre oenotouristique sans précédent, doit être associé un hôtel-Spa de luxe. Ce sera la création en 1999 des Sources de Caudalie avec ses soins révolutionnaires de vinothérapie, complexe - aujourd’hui considéré dans la catégorie des « Palaces » - jouxtant la propriété de Smith Haut-Lafitte, en plein cœur du vignoble. Ce complexe hôtelier pensé autour du vin est géré par leur fille cadette, Alice Tourbier et son mari. Enfin, comme pour mieux rendre l’endroit beau et esthétique (il l’était déjà), des œuvres d’art contemporain monumentales (à l’initiative de Florence Cathiard) sont dispersées dans la propriété viticole et dans le vignoble comme le fameux lièvre de Barry Flanagan (devenu presque un emblème de la propriété aujourd’hui).
Le couple, cherchant à avoir la maîtrise sur un maximum de choses et soucieux d’optimiser chaque aspect du métier, dote en 1995 la propriété de sa propre tonnellerie sortant ainsi chaque année environ 550 barriques. Dans le bordelais, c’est rare et peu de châteaux peuvent encore se vanter d’en avoir une. Smith rejoint ainsi le cercle très fermé des grands crus équipés d’une tonnellerie intra muros à l’instar des châteaux Haut-Brion, Margaux et Lafite-Rothschild.
Côté technique du vin, en 2001, un autre célèbre œnologue bordelais, Stéphane Derenoncourt, devient l’œnologue-consultant de Smith Haut-Lafitte et intervient aux côtés de Fabien Teitgen, le Directeur technique de la propriété qui sera promu par la suite Directeur général pour l’ensemble des propriétés appartenant à la famille Cathiard dont le château Cantelys sur la même appellation, ainsi que le château Le Thil Comte Clary (17,4 hectares) racheté en 2012.
Florence et Daniel Cathiard continuent d’améliorer Smith Haut-Lafitte en le dotant en 2013 d’un nouveau chai de vinification (cuves bois thermorégulées) destiné à vinifier les rouges autre que les rouges servant au Grand Vin. Il s’agit donc des seconds vins Les Hauts de Smith et du Le Petit Haut Lafitte. La création de ces deux vins (destinés à des réseaux de distribution différents) a bien évidemment contribuer à faire gagner en excellence le grand vin rouge et le blanc, lequel compte parmi les plus grandes références des vins blancs secs d’excellence de Bordeaux.
En juillet 2014, les Cathiard, en association avec la famille Moulin (Groupe Galeries Lafayette), reprennent la gestion des châteaux Beauregard (Pomerol), de Pavillon de Beauregard (Lalande de Pomerol) ainsi que des propriétés Bastor Lamontagne (Sauternes) et Saint-Robert (Graves), ces deux derniers châteaux appartenant au groupe bancaire BPCE (Banque Populaire Caisse d’Epargne).
Florence et Daniel Cathiard, voulant encore élargir leur horizon et vinifier de l’autre côté de l’Atlantique, se sont aussi offert début de l’année 2020, une propriété viticole en Californie, en pleine Napa Valley, le domaine de Rutherford.
Le chemin parcouru depuis le rachat de Smith Haut-Lafitte en 1991 est colossal et force le respect. Cette reconnaissance et le succès d’estime dont jouissent les vins de la propriété n’est donc surtout pas le fruit du hasard. Florence et Daniel Cathiard Cathiard ont réalisé de véritables prouesses et dans leur détermination sans faille, ont réussi à hisser à nouveau ce Cru Classé de Graves, jadis d’excellente réputation jusqu’au milieu des années 50, dans l’élite des vins de l’appellation. Voire, plus encore, puisque la marque jouit d’une belle visibilité à l’international sur les marchés de vin les plus dynamiques, porteurs, prometteurs.
Le système viti-vinicole développé à Smith Haut-Lafitte est un savant mélange de tradition, de technologie de pointe mais aussi de principes de bon sens au service de la nature. Sur les 87 hectares que compte le domaine, 78 sont dédiés à la vigne qui s’exprime sur un sol pauvre et parfaitement drainant, donc jamais les pieds dans l’eau en cas de fortes pluies et restituant à la vigne l’eau quand elle en a besoin. Le terroir de la propriété - que Florence et Daniel Cathiard, entourés de leur équipe technique, ont réveillé avec brio – élabore de magnifiques blancs secs (5% de Sauvignon gris, 5% de Sémillon et 90% de Sauvignon blanc sur 11 hectares) et des rouges de belle signature (63% de Cabernet Sauvignon, 30% de Merlot, 6% de Cabernet Franc et 1% de Petit Verdot sur 67 hectares) qui retranscrivent parfaitement les subtilités de la terre des parcelles, autrement dit pédologiques. On est dans la région des Graves, ne l’oublions pas ! Ce vignoble le plus ancien du bordelais avec un sol très caractéristique de terres composées d’alluvion, de sable, de cailloux (la grave), le tout reposant sur un sous-sol calcaire. Mais la particularité de Smith est sans aucun doute une rare croupe de graves günziennes très riche en oxyde de fer. Au moment de la maturation des raisins jusqu’à leur maturité, les raisins manquent très rarement de fraîcheur et d’humidité nécessaires à leur croissance dans les phases décisives car le calcaire et l’argile leur assurent tout ce dont ils ont besoin à commencer par l’eau retenue dans les sous-sols.
Florence et Daniel Cathiard n’ont pas tardé également à mettre en place une stratégie de conduite de la vigne ayant pour objectif de respecter le vivant. C’est ainsi qu’ils ont privilégié de conduire leur vignoble en bio et une partie du vignoble en biodynamie. Ainsi, leur vignoble obtient en 2019 la certification en agriculture biologique mais ce n’est pas suffisant. Smith Haut-Lafitte veut s’inscrire dans une démarche plus pointue, plus singulière, plus holistique : la « bio-précision » selon l’expression des propriétaires. Cette démarche viticole et vinicole associe donc un total respect de la vigne et de ses sols en recourant à des techniques innovantes pour mieux protéger l’environnement. Comment cela se traduit-il ? Comme beaucoup dans le bordelais, Smith privilégie l’enherbement naturel entre les rangs de vigne pour faire jouer la concurrence entre les pieds de vigne. Puis, selon le principe de l’économie circulaire, la propriété réutilise un maximum de déchets servant à la fois au compost naturel (mélange de marcs de raisin, de sarments de vigne broyés et de fumier de cheval et de vache) et utilise l’énergie solaire pour alimenter la propriété et récupère les eaux de pluie ainsi que les eaux usées qui sont traitées sur place.
Mais la démarche écologique ne s’arrête pas là. Certaines parcelles, essentiellement pour les blancs, sont labourées à cheval pour ne pas tasser les sols (comme c’est le cas depuis longtemps en Bourgogne, dans la Loire et aujourd’hui de plus en plus dans le bordelais) ou pour protéger les vieux pieds de vigne fragiles qui pourraient être endommagés par les tracteurs enjambeurs. Enfin, les vignes sont issues de sélection massale à base de plants et de porte-greffes maison produits à l’écart sur l’île de La Lande : un écosystème protégé situé sur la Garonne à seulement 10 minutes de la propriété. Les cathiard redéveloppent aussi tout un écosystème pour favoriser l’expression du vivant : implantation de ruches (pour la pollénisation), plantation de haies (agroforesterie), etc. Par ailleurs, pas d’intrant chimique pour traiter les sols et les maladies éventuelles de la vigne. La lutte organique est le seul cheval de bataille de Smith avec l’introduction d’insectes prédateurs contre les araignées rouges, de confusion sexuelle contre l’eudémis (un papillon), enfin le bacillus subtilis pour prévenir des risques de pourriture grise qui contaminerait une récolte et mettrait en péril la qualité du millésime. Dans cette approche plus respectueuse de la nature, la viticulture devient ici permaculture.
Enfin, l’une des dernières innovations à citer est la captation de CO2 pour être recyclé car transformé en bicarbonate réutilisable. En effet, les fermentations produisent quantité de CO2. La captation de ce dernier, mélangé à du carbonate de sodium ou de potassium, permet alors d’obtenir du bicarbonate. C’est un procédé unique au monde. Smith est l’un des l’initiateurs de ce procédé avec le second Grand Cru Classé en 1855, le château Montrose à Saint-Estèphe, lequel l’avait déjà testé dès 2018 avec un objectif de capter 100% du CO2 en 2020.
Toute cette implication holistique tendant à mieux conjuguer l’activité viticole aux enjeux du respect de l’environnement est assez inédite faisant de Smith, pour ainsi dire, une propriété pilote, autrement dit un modèle. A telle enseigne que lors de la 21ème Conférence des Parties sur les changements climatiques qui s’était déroulée à Paris en décembre 2015, Smith Haut-Lafitte fut convié à la COP 21 le 7 décembre 2015 par le Secrétariat des Nations Unies pour participer à la table ronde Climate Neutral Now. C’est dire à quel point la propriété est citée en exemple pour toute sa politique environnementale visant à envisager les meilleures solutions pour répondre aux enjeux du climat.
Au rayon des procédés technologiques innovants, Smith Haut-Lafitte utilise des drones thermiques pour cartographier avec précision les parcelles et les images satellites pour mieux suivre les maturités des raisins.
A ce sujet, et comme dans tous les crus qui se respectent et qui ont les moyens de financer des charges financières lourdes, Smith Haut-Lafitte gère ses vendanges tout en manuel, le raisin étant récolté dans des petites cagettes pour ne pas risquer d’écraser les baies et de compromettre les arômes par une oxydation et fermentation prématurées. On le voit, tout n’est que précision au sein de cette propriété pour atteindre à un niveau élevé, l’excellence dans les vins produits.
Tous les efforts consentis en plus de 30 ans par Florence et Daniel Cathiard ont fini par payer et cela se voit dans les vins. Si à leur début, les vins qu’ils produisaient pouvaient parfois présenter des profils un peu trop boisés et trop mûrs (des raisins récoltés souvent tard) dans les rouges, les vins ont fini par être plus précis et plus proches de l’expression du terroir, affinant ainsi le style Smith Haut-Lafitte. L’époque des vins massifs (avec des masses tanniques trop importantes) voire sur-extraits était conditionnée dans les années 90 par une certaine mode qui avait cour. Dieu merci, ceci est bel et bien révolu à Smith comme dans les autres crus de l’appellation et plus largement dans le bordelais. Les rouges sont plus délicats, raffinés, avec beaucoup de poids de vin (le contraire de massif) mais tout en intensité et belle densité, et surtout plus aromatique (pour être apprécié plus facilement). On veut faire des vins au goût plus actuel, on dirait « plus moderne » – car c’est le consommateur qui décide - sans pour autant se renier ou gommer l’identité du cru. Quant aux blancs secs, qui font aussi la réputation de la propriété, les blancs sont plus purs, plus élégants, plus tendus, plus complexes et plus équilibrés.
La propriété produit chaque année environ 200 000 bouteilles. Aux deux Grands Vins (en rouge et blanc) de château Smith-Haut-Lafitte, sont aussi proposés deux seconds vins dans les deux couleurs. L’un se nomme Les Hauts de Smith et se destine au circuit du CHR (Café Hôtel Restaurant). L’autre, Le Petit Haut Lafitte, est une spécificité pour le marché américain. Ce dernier a beaucoup de personnalité avec un beau volume en bouche, une franche expression aromatique et se consomme à minima après 4 à 5 de mise en bouteille.
Le château Smith Haut-Lafitte (rouge) est l’un des ténors de l’appellation et n’a cessé de gagner en classe et en précision (Robert Parker avait donné un 100/100 sur le millésime 2009). Le château Smith Haut-Lafitte (blanc) est l’un des plus beaux que l’on puisse trouver sur l’appellation Pessac-Léognan et a, selon le millésime, une capacité de garde permettant de découvrir un autre univers d’arômes tertiaires que les jeunes blancs, bien que très sensuels et séduisants dans leur prime jeunesse, n’offrent pas.
Dans ce millésime propice aux grands vins blancs, Smith Haut-Lafitte 2021 blanc est un vin d’emblée sur la tension, l’équilibre et la fraîcheur. La couleur jaune pâle très cristalline sur des reflets verts laisse place à une expression aromatique de fleurs blanches, de fruits exotiques et d’agrumes rafraîchissants. C’est ample, riche mais le vin à ce stade de la dégustation ne dit pas tout. L’agitation révèle en revanche, et plus en profondeur, des parfums de badiane, de notes fruitées de fruits à chair jaune et à chair blanche (abricot, pêche blanche, nectarine jaune) le tout soutenu par quelques expressions racées de pierre à fusil (un côté très graveleux, en fait minéral). L’attaque en bouche est ciselée, précise, franche avec une belle acidité donnant de l’énergie et de l’équilibre au vin sur un milieu de bouche ample, gras sans lourdeur avec une dominante d’expression de Sauvignon parfaitement mûr et quelques accents d’épices (poivre blanc, voire gingembre). C’est aérien, tonique, cérébral. La finale, encore gourmande sur le fruité à chair blanche et une petite pointe de salinité, affiche une tension et une longueur éblouissantes laissant augurer d’une belle capacité de garde à ce blanc sec des plus majestueux.
Smith Haut-Lafitte 2020 rouge, dans ce millésime parmi les plus réussis de la deuxième décade du 21ème siècle, est l’un des vins les plus étonnants et des plus concentrés sur l’appellation Pessac-Léognan. Le vin n’est pas sans rappeler les réussites de 2009, 2010, 2016 et 2018 (voire 2019), autrement dit dans les très grands à exceptionnels millésimes du bordelais. Le vin est massif sans manquer de raffinement. La robe est sombre, encre. Le nez est d’une richesse incroyable et déploie avec beaucoup d’intensité et de fraîcheur aromatiques des notes de cerises noires, de cassis, de réglisse. L’agitation exprime ce légendaire « fumet » propre aux vins rouges de Smith, sur des accents de graves humides (par temps de pluie) et de silex frotté, lui donnant beaucoup de race et de caractère. La bouche est ample, d’une belle vivacité sur un milieu de bouche possédant un poids de vin impressionnant sur des tanins serrés mais crémeux, le tout soyeux et caressant. Une sensation de suavité et de puissance mêlées avec une impression, une fois en bouche, de croquer dans le raisin. C’est intense. La finale est persistante et l’ensemble solide paraît pour une longue garde propre aux très grands vins dans des très grands millésimes. Vin somptueux ! Quelle réussite et quel caractère !
Les Hauts de Smith (en blanc comme en rouge) est le second vin de la propriété, laquelle le vinifie et l’élève à part dans le chai « furtif » (« furtif » car le chai est dissimulé dans la végétation) entièrement écologique car fonctionnant presque en autarcie (pour limiter l’impact sur l’environnement) en mode « énergie positive. »
Les Hauts de Smith blanc 2022 ont su parfaitement tirer partie de ce millésime étonnant, tant pour les rouges que pour les blancs. Bien que très légèrement moins tendu que le 2021, ce second vin en version blanc sec donne entière satisfaction. Exubérant à l’attaque olfactive, le vin exprime des notes de pamplemousse et de mandarine accompagnées d’expressions de fleurs blanches. C’est frais, net, franc. L’agitation joue sur un registre de regain de fraîcheur sur des parfums délicatement mentholés. En bouche, l’équilibre et la fraîcheur du vin se confirment avec du gras de bon aloi. La fin de bouche est gourmande et se livre là-aussi, avec beaucoup de fraîcheur. Un beau second vin, assez tonique, qui permettra de patienter le grand frère, plus complexe, plus dense, moins « immédiat. »
Dans ce millésime dense et solaire, Les Hauts de Smith rouge 2020 est un second vin qui n’est pas avare de sensations. Bavard et richement doté en fruits rouges et noirs, le vin ne manque pas de complexité pour un second vin. C’est dire que la sélection est drastique pour le Grand Vin et que les lots retenus dans le second vin ne déméritent en rien. Bien au contraire ! Nez sensuel de framboise et de mûre écrasée sur des parfums de pétales de rose rouge. La bouche offre une bonne densité sans être massive avec des tanins assez crémeux mais sans avoir le poids de vin du Grand Vin (normal !). L’ensemble est bien équilibré et la finale offre du fruit à revendre. Joli second vin qui montre tout le sérieux de la propriété même avec des vignes plus jeunes.
En rouge : 1928-1929-1945-1947-1949-1953-1955-1959-1961-1975-1982-1989-1995-1996-2000-2003-2005-2009-2010-2014-2015-2016-2018-2019-2020-2022-2023-2025
En blanc : 1993-1994-1995-1996-1997-1999-2000-2001-2002-2004-2005-2007-2009-2010-2011-2012-2013-2014-2015-2017-2019-2020-2021-2023-2024