bannière edito

Focus sur la Rive Gauche bordelaise !

Frédéric Lot

Frédéric Lot

Editorialiste pour Wine BHM

"L'aristocratie de 88 crus classés aux accents impériaux de 1855."

A vec ses 94 700 hectares de surface plantée (chiffres en 2026) et ses 37 appellations (dont 67 en produits d'appellation), le vignoble girondin fait plier toute croyance à l’uniformité des vins de Bordeaux. Au contraire, une vraie diversité de caractères - tant paysagers qu’organoleptiques – s’exprime dans chaque appellation, d’une rive à l’autre. Décryptage de sa rive gauche !

Rive Gauche, un goût d'aristocratie.

Enclavées à l’est par le célèbre estuaire de la Gironde (et de l’un de ses deux fleuves, la Garonne) puis à l’ouest par une dense forêt de pins maritimes et par l’océan Atlantique, Médoc, Graves et Sauternais forment du nord au sud, les principales zones viticoles précieuses de la rive gauche. Particularité parmi tant d’autres, le Médoc (4700 ha) et le Haut-Médoc (4200 ha) sont non seulement des appellations mais aussi deux sous-régions viticoles. Le Médoc « pays du milieu » compte en son sein, des appellations dites « communales » parmi lesquelles Saint-Estèphe (1370 ha), Pauillac (1200 ha), Saint-Julien (910 ha), Moulis (600 ha), Listrac-Médoc (670 ha) et Margaux (1350 ha). Si les unes ont les pieds de vignes tournées vers l’estuaire de la Gironde – ce qui leur confère un climat idéalement tempéré avec des micros-climats propres à chacune -, Moulis et Listrac quant à elles, sont bien plus à l’intérieur des terres sans toutefois manquer de style. Toutes, situées sur le fameux 45ème parallèle, ont trouvé un véritable jardin d’Eden. Ainsi, le Cabernet Sauvignon (majoritaire sur ces terres graveleuses faites de graviers et de sable), le Cabernet Franc, le Merlot (cépage précoce qui se plaît sur les argilo-calcaires) et le Petit Verdot (cépage tardif, caractériel en vendanges mais si séduisant par ses parfums d’épices) expriment, sous la bénédiction de l’été indien, toute la quintessence du fruit avec ses touches de subtilité, d’élégance, de finesse et de race, pour ne pas dire « d’aristocratie. »

Des crus aristocratiques mais non moins impériaux.

Le Médoc est le vignoble le plus récent du Bordelais contrairement à celui du Libournais (la rive droite) ou des Graves. Il a été conquis sur les eaux à l’est et sur la forêt à l’ouest. Cette partie du vignoble girondin possède des terres « pauvres » faites d’amas de graves de Güntz du quaternaire (charriés par les glaciers des Pyrénées ou du Massif Central), aux sols très drainants. Ces terres, initialement marécageuses en partie, furent jadis aménagées par les Hollandais (grands spécialistes des polders). Par ailleurs, le Médoc fut très tôt - et ce dès le 17ème siècle - le terrain de jeu historique des familles négociantes en vin, lesquelles étaient alors installées au cœur du quartier des Chartrons (à l’époque « hors des murs » du centre de Bordeaux). Toutes ces nationalités (allemandes, flamandes, hollandaises, anglaises, irlandaises) formant une véritable famille de l’aristocratie du vin, avaient un sens aigu du commerce. Nul doute que ces négociants contribuèrent – et ils y participent encore aujourd’hui avec les générations actuelles - à l’essor international des vins du Médoc et de Bordeaux en général.

 

Au 19ème siècle, cette presqu’île que forme le Médoc va bénéficier d’un formidable coup de projecteur en faveur de ses châteaux (dont beaucoup appartiennent alors à certaines familles négociantes); et cela grâce à une idée ingénieuse née d’un contexte très favorable. C’est la naissance du classement impérial. A la demande de l’empereur Napoléon III, en vue de l’exposition universelle de 1855, 6 courtiers en vin vont établir une hiérarchie regroupant 60 Grands Crus Classés répartis en 5 familles ; à laquelle il faut aussi ajouter 26 crus classés du Sauternais dont le chef de file est le suprême château d’Yquem. La particularité de ce classement réside en l’inertie de cette liste et grave à jamais dans le marbre la hiérarchie. Toutefois, une seule petite entorse à la règle fut faite en 1973 : le château Mouton-Rothschild passa de second cru classé à 1er cru classé.

Le Médoc verra naître un autre classement mais dans le courant du 20ème siècle. En 1932 nait le classement des crus bourgeois du Médoc lequel est depuis 2008 révisé tous les ans. Enfin, les crus dits « artisans » au nombre de 300. Notons que le vignoble de Bordeaux est le seul au monde qui dispose de classements par rapport à la qualité des vins produits.

Les vins de la rive gauche : tous les goûts sont dans la nature !

Chacun à leur niveau exprime le caractère singulier offert par une subtile combinaison variée de sols et de sous-sols assez sur les 8 Appellations d’Origine Contrôlée du Médoc. Si le Médoc et le Haut-Médoc génèrent des vins plutôt ronds ou séveux et ronds à la fois (à l’instar des châteaux Sociando-Mallet, La Tour Carnet et La Lagune), Saint-Estèphe – à l’image de Montrose, de Cos d’Estournel et de Lafon-Rochet - joue sur la puissance en bouche. Pauillac (Pontet-Canet, Lafite-Rothschild, Mouton-Rothschild, Pichon Baron) affiche droiture et finesse quand Saint-Julien (Léoville-Poyferré, Léoville-Las-Cases, Ducru-Beaucaillou, Beychevelle) et Margaux (Palmer, Rauzan-Ségla, Prieuré-Lichine) expriment le velouté et le charme. Moulis (Poujeaux, Chasse-Spleen, Moulin à Vent) et Listrac (Clarke, Fonréaud, Lestage) ont du corps et du velours à revendre. Mais tous, dans leur particularité propre, ont en commun la recherche d’une élégance, d’une digestibilité et, selon la réputation du millésime, d’une grande aptitude à la garde : ce qui n’est pas sans déplaire les marchés de l’Europe du nord et le Royaume-Uni en particulier, encore grand amateur de vins de bordeaux matures.

Plus au sud, de Pessac au langonais : une ode à la grave !

Nous sommes au cœur de la région des Graves avec trois appellations : Graves (3600 ha), Pessac-Léognan (1300 ha) et Graves Supérieures (les vins moelleux). Cette région est une combinaison de plaines et de petits vallons à l’image des fameuses croupes si bien exposées et drainants parfaitement les excès d’eau en cas de fortes pluies. Son vignoble est, avec celui du libournais, bien plus ancien que celui du Médoc. Caressant à la fois certaines agglomérations dans lesquelles certains sont enclavés (les prestigieux Haut-Brion, La Mission Haut-Brion et Pape Clément sur la commune de Pessac) ou plus en bordure d’étendues de forêts de pins des Landes (Smith-Haut-Lafitte, Domaine de Chevalier, Bouscaut, Haut-Bailly dans le secteur de Léognan), les crus de Graves assurent une continuité de style par une géologie assez commune à celle du Médoc. Cependant, la saveur très minérale des blancs secs comme de certains rouges de Pessac-Léognan (jeune appellation née en 1987) nous rappelle une vraie spécificité des Graves à l’image de la variété de cailloutis faits de jaspes, d’agatoïdes, de silex, de lydiennes, de quartz et de quartzites ocres, blancs, rouges et rosés. Rien d’étonnant à ce que les vins de Graves évoquent d’emblée la géologie. D’ailleurs, ils sont les seuls en France à porter le nom de leur sol : « Las Grabas de Bourdeus », autrement dit « les Graves de Bordeaux ». Les Graves rappellent aussi le rôle majeur que joue ce terroir si singulier dans la qualité des vins de Graves, notamment, du point de vue des conditions de maturité des raisins. La grave, par le rayonnement solaire, réfléchit la chaleur pour la redistribuer avec efficacité aux grappes alors en cours de maturation et ce, jusqu’à parfaire la maturité optimale.

Crédit photo: Frederic LOT

14 janvier 2025

Frédéric Lot

Editorialiste pour Wine BHM

Frédéric Lot

Producteurs Vin & Spiritueux

Votre domaine mérite d’être mis en avant sur Wine BHM.

Rejoignez la sélection de producteurs sur la plateforme.

Rejoindre le réseau

*Mises en avant réservées aux membres Pro Premium, sous conditions.