Le charme des secondes étiquettes

V ous trouvez que les grands crus bordelais sont souvent trop chers ou devenus inaccessibles ? C'est en partie vrai mais n'oublions pas que d'autres grandes étiquettes sont encore plus onéreuses en Bourgogne, en Italie et en Californie. Pour les grands crus bordelais, dans ce cas, reportez-vous sur leur second vin. Vous pensez que les propriétés et les marchands de vin ont le beau rôle en tentant de vendre l’image du premier vin à travers le second ? Mais alors, le second serait-il de moins bonne facture que le premier vin ? Plus flatteur que son aîné ou « pâle copie » ? En la matière, rien n’est moins sûr !

Une excellente alternative à la première étiquette, le Grand Vin

Dans un marché primeurs souvent tumultueux, soumis depuis quelques décennies aux sinusoïdes des prix, s’orienter sur les secondes étiquettes des châteaux phares, pour ne pas dire des stars de la Rive Gauche (Médoc) et de la Rive Droite (Libournais) permet d’abord de jouir, à n’en pas douter, de la réputation des premiers vins dans les bons comme dans les millésimes plus « techniques. ». En d’autres termes, pour ces derniers, il s’agit, selon la formule consacrée, des années dites « techniques » ou « de vigneron » où les conditions de récolte sont telles que les châteaux tirent vers le haut le millésime par une sélection rigoureuse des parcelles et des cuves de vinification, donnant automatiquement naissance à un second vin. Car entendons-nous bien ! Tous les millésimes ne méritent pas d’accueillir 100% de la récolte dans le premier vin. Résultat : des seconds vins présentant plus de souplesse et d'accessibilité à la dégustation, à des tarifs plus "doux."

Attention à la confusion des genres dans la lecture visuelle !

Dans la majorité des créations, le second vin reprend partiellement le nom du premier. Il existe même des crus où la similitude de l’étiquette entre le second et le premier vin est telle qu’elle ne pourrait qu’induire confusion et erreurs si on ne sait pas lire correctement l’étiquette. Mais cette abondance de seconds vins – une exception bordelaise dans le concept - provient heureusement de l’accroissement de la sélection des meilleures cuves dans l’élaboration du premier : compétition et recherche du nec plus ultra qualitatif obligent ! Qui s’en plaindrait ?

Le second vin, un faux ami dans bien des esprits ?

Or, il s’avère que tous les seconds vins ne sont pas toujours dignes d’intérêt. Certains pourraient même être en dehors de ce que l’on est en droit d’attendre d’un vin produit sur une appellation et un terroir réputés. Pourquoi ? Des propriétés peuvent utiliser le second vin comme une « roue de secours » du premier. Tout ce qui n’est pas top, fluidité, tanins herbacés, absence de caractère (tout venant généralement de vignes très jeunes) se trouvent relégués dans la production du second vin. Dans ces cas-là, un bon Cru Bourgeois ou un bon Bordeaux Supérieur bien équilibré, savoureux, avec du gras dans le tanin se révèle meilleur et souvent moins cher.

Un soin apporté, équivalent à la première étiquette

Mais de plus en plus de propriétaires comprennent que la réputation et la qualité du second vin concernent tout autant leur image que celle du premier. Une nécessité d’autant plus forte que la mise en marché des seconds vins augmente. Des précurseurs avaient ouvert le chemin depuis longtemps et élevé ces productions au rang de marques telles que Les Forts de Latour (Château Latour), Clos du Marquis (Château Léoville-Las-Cases), Pavillon Rouge (Château Margaux), La Chapelle de la Mission d’Haut-Brion (Château La Mission Haut-Brion) ou Château Bahans Haut-Brion (devenu depuis 2008 Le Clarence de Haut-Brion) pour ne citer que les plus marquantes. Et la liste n’est pas exhaustive.

Le second vin: une porte d’entrée avant tout
Aujourd’hui, un particulier qui prend la peine de visiter un château achète souvent le second vin via des retailers sur Internet, chez son caviste à défaut de ne pas pouvoir l’acheter sur place (les grands châteaux passant par le négoce « la Place de Bordeaux »). Il prend moins de risques en testant le moins cher. Puisque le second vin reçoit les mêmes soins à la vinification que le premier vin même si le second a pour origine des vignes plus jeunes et des sélections parcellaires moins sévères que pour la tête de cuvée.

En conclusion, l’achat de la seconde étiquette reste, à n’en pas douter, une excellente introduction pour se familiariser aux crus de ces châteaux de prestige ou marques demandées. D’ailleurs, que les propriétaires se rassurent : si ce vin a plu, une commande de la « première étiquette » suit rapidement et logiquement.

10 août 2024

Frédéric Lot

Editorialiste pour Wine BHM

Frédéric Lot

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